Ross Geller est un personnage complexe, peut-être le plus élaboré des six Friends. C’est également le plus « adulte », puisqu’il est dès la première saison marié (puis divorcé), père (du petit Ben), et paléontologue dans un musée. Mais il n’en demeure pas moins d’une grande timidité, surtout avec Rachel, qu’il aime profondément : il passe toute la première saison à essayer de lui déclarer sa flamme, et il faut seulement une grosse bourde de Chandler pour que celle-ci comprenne les sentiments que le paléontologue éprouve à son égard. La suite est connue : il sort avec Rachel lors de la deuxième saison pour rompre la suivante, suite à l’affaire de la « rupture » et de sa tromperie avec Chloe, la fille de la photocopieuse. Il se marie ensuite très brièvement avec Emily (mais se trompe de prénom au moment fatidique, appelant Emily « Rachel »), et connaît pour le reste des histoires sentimentales qui ne le marquent pas réellement, avec la jeune Elizabeth, puis Mona, Charlie et quelques autres femmes. Mais il reste au fond obnubilé par Rachel, avec laquelle il vit une relation en pointillés tout au long de la série. Il se remet très brièvement avec elle lorsqu’ils sont au bord de la mer, et entre des chamailleries, provocations et rapprochements va, « sur des malentendus », l’épouser et lui faire un enfant (la petite Emma), avant, dans l’ultime épisode, de se remettre avec elle.

Sur le plan professionnel, Ross ne connaît pas de réel problème : il travaille dès le départ dans un musée, pour devenir par la suite professeur d’université et être finalement titularisé. Un chemin linéaire, si l’on excepte les congés sabbatiques qui lui sont imposés, dus à son humeur exécrable, à la suite de son second échec marital avec Emily. Ross est passionné par ce qu’il fait. C’est non sans une certaine fierté qu’il rappelle son statut de docteur, et ce ne sont pas ses parents, qui l’adulent (au grand dam de Monica), qui vont le contredire. Ross a un esprit scientifique très développé : il est méticuleux, structuré, parfois pédant et professoral (un côté qui barbe particulièrement ses amis) et plutôt sérieux, raison pour laquelle la brève cohabitation avec Chandler et Joey ne se révèle pas une franche réussite. Amateur de films ukrainiens, d’expos et de pièces de théâtre, c’est clairement le personnage le plus cultivé et le plus cérébral de la bande, mais il a également un côté artiste, puisqu’il renoue avec plaisir avec son « son », un instrument un peu fantaisiste qui lui permet de produire une musique pour le moins... personnelle.

Ross se démarque également par un réel manque de confiance en lui : il fait souvent son cinéma pour impressionner les autres, ce qui marche rarement (rappelez-vous « Ross le rouge », ou encore le mémorable discours de grand frère qu’il adresse à Chandler). Il se démarque en outre, comme nous l’avons dit, par son manque d’aisance évident avec la gent féminine. Il se débrouille toujours malgré lui pour que sa drague ne soit pas prise comme telle par la femme convoitée. En plus de toute la première saison avec Rachel, rappelez-vous le savoureux épisode où Ross essaie de draguer la livreuse de pizzas (son entraînement avec Phoebe, dans le même épisode, n’est pas mal non plus). Ross est donc en quelque sorte sur ce plan un anti-Joey. Ross s’oppose aussi à ce dernier dans sa conception des relations avec les femmes. Si Joey collectionne les conquêtes en n’étant, disons, pas toujours correct avec elles, Ross privilégie les relations sérieuses et se montre bien plus romantique, sentimental et attentionné. Il est donc fort dommage pour lui qu'il ne sache pas se mettre davantage en valeur, d'autant que, si l’on en croit Rachel, notre paléontologue est « doué pour la chose », en plus de bien embrasser (Joey peut d’ailleurs confirmer ce dernier point).

Le personnage de Ross a beaucoup évolué. S’il est au départ seulement dépressif, timide et amoureux transi de Rachel, il change par la suite. Son apport n’est en effet pas le même durant les dernières saisons qu’au cours des premières. Ross est au début davantage présent sur un plan sentimental (sa relation avec Rachel), mais est à partir de la saison 5 plus utilisé d'un point de vue humoristique. Sa relation avec Rachel étant passée dans l’ombre du couple Monica-Chandler, et ce dernier étant lui-même devenu moins drôle et plus rangé avec Monica, Ross l’a en quelque sorte remplacé dans le rôle du guignol de service. À l’exception que Ross l’est de façon involontaire, puisque le malheureux se retrouve toujours dans des situations impossibles, avec un pic dans la saison 5. Pensez donc, entre autres, au pantalon en cuir, au bronzage, à « Howard », aux dents blanches…De plus, l'homme purement rationnel qu'il était au début de la série est devenu peu à peu foufou et imprévisible, voire parfois hystérique. Les nombreuses références à la fameuse « rupture » ainsi qu’à son triple divorce (avec Carol, Emily et Rachel) sont également sources de beaucoup de répliques drôles et percutantes.

Ross est toujours prêt à se sacrifier pour ses amis, notamment Rachel. Il passe par exemple une soirée avec elle pour lui tenir compagnie alors qu’il avait prévu de passer dans une émission télé. Mais il se montre également altruiste avec les autres, comme son ex-femme Carol, qu’il incite presque à contrecœur à maintenir son mariage avec Susan, qu’il déteste pourtant copieusement. Il est en outre prêt à quitter le groupe pour Emily !

Mais Ross a aussi des défauts, parmi lesquels son côté pingre : il reste jusqu’à la dernière seconde dans une chambre d’hôtel et y prend tout ce qui est légal (savons, etc.) pour rentabiliser le coût, rechigne à payer 50 dollars dans l’épisode 5.11 et à jouer à la loterie (9.18), offre initialement des mini-cookies au Gros-Tout-Nu pour se le mettre dans la poche (lorsqu’il convoite son appartement), ne veut pas payer la livraison du canapé…

C’est également quelqu’un de très jaloux, notamment avec ceux qui gravitent autour de Rachel. En particulier envers Paolo (et le fait que Rachel lui dise que c’était avec l’Italien « sexuellement animal » n’arrange pas vraiment les choses), mais aussi avec Tommy (Ben Stiller), et plus encore avec Mark, l’homme qui a « pistonné » Rachel pour une place chez Bloomingdale’s.

On le voit finalement assez peu en tant que père, puisque son fils Ben est gardé le plus souvent par son ex-femme Carol et Susan. On le voit tout de même un peu plus avec Emma, sa fille, mais celle-ci est quelque peu accaparée par Rachel.

Ross s’entend plutôt bien avec sa famille. Avec ses parents en particulier, qui le considèrent comme une « merveille de la médecine ». Il a cependant à leur égard un comportement parfois puéril (on se souvient de son « j’vais l’dire à maman », et du fait qu’ils sont toujours persuadés, lors de la sixième saison, que c’est Chandler qui avait pris à l’époque de la fac de la marijuana et non lui, puisqu’il n’a jamais osé le leur avouer). Il s’entend également bien entendu avec sa sœur Monica, avec laquelle il entretient de très bonnes relations (si l’on excepte tout de même quelques petites chamailleries, notamment dans la saison 3). Ross est un personnage très attachant. Son histoire d’amour avec Rachel est captivante (surtout lors des premières saisons), et le personnage est drôle, même s’il se retrouve parfois dans des situations ridicules et un peu lourdingues (le pantalon en cuir), surtout dans la saison 5, où les scénaristes semblent s’être acharnés sur lui. On peut également regretter son côté parfois hystérique, comme dans l'épisode 10.2 (« I’m fine »). David Schwimmer est quoi qu'il en soit un excellent comédien, probablement le meilleur des six. Il est particulièrement expressif : songez aux expressions qu’il prend lors de ses dialogues intérieurs (lorsqu’il voit Rachel nue dans son appartement dans l’épisode « Vegas » ou pendant son tête-à-tête avec sa cousine). Pensez également à ses mimes lorsqu’il prend son nouvel appartement (le requin, le robot…). Et puis il y a sa façon d’attendre un court instant avant de sortir une réplique. Cela donne une originalité à son jeu. On notera en outre que Schwimmer n’est pas seulement acteur : il est également réalisateur. Il s’est occupé de dix épisodes, dont la grande majorité sont très réussis, en particulier Ceux qui passaient leur dernière nuit (6.6), Celui qui apprenait la vérité à propos de Londres (7.16), Celui qui avait un sweat rouge (8.2), Celui qui engageait une strip-teaseuse (8.8) et Celui qui rencontrait la mère biologique (10.9).

 

Ce que les scénaristes auraient pu améliorer chez lui : sa relation avec Chandler. Ross et ce dernier étaient en effet amis de jeunesse (à l’époque de la fac), et cela ne se ressent pas tellement (hormis dans les épisodes flashbacks). On ne sent pas réellement de complicité entre eux, mais c’est sans doute dû au fait que cette amitié est étouffée par celle entre Joey et Chandler.

 

Quelques-unes de ses meilleures répliques :

C’est vrai que Rachel est effectivement une bonne amie, et que je l’ai beaucoup aimée autrefois, seulement aujourd’hui, cette fille n’est plus que ma femme. (6.2)

 

Monica : Tu continues à trimballer ta housse ?

Ross : Oui. J’ai découvert que c’était un objet de conversation, figure-toi.

Monica : Conversation entre toi et… ?

Ross : Gunther. (7.20)

 

Rachel : Tu peux aussi passer au Central Perk m’acheter un muffin ?

Ross : Oui, tu le veux à quoi ?

Rachel : Laisse-moi réfléchir. De quoi j’ai envie ? De quoi est-ce que j’ai envie ?

Ross : Vas-y, prends ton temps, c’est une décision importante. Rien à voir avec le fait d’épouser quelqu’un. Là, ce n’est pas n’importe quoi, c’est un muffin. (9.2)

 

Ross : Bien sûr qu’on va la trouver [la baby-sitter], je te l’ai promis, et puis on en a d’autres à voir. Et dans le pire des cas, on pourrait ré-envisager la candidature de la première qu’on a reçue.

Rachel : La blonde qui n’avait pas de soutien-gorge ?

Ross : Elle était blonde ? (9.6)

 

Mike : Il paraît que le mariage est une industrie qui rapporterait environ 40 milliards de dollars par an.

Ross : Oui, et moi je dois en avoir rapporté environ la moitié.(10.7)