Joseph Francis Tribbiani est un comédien raté d’origine italienne. Il passe des auditions qu’il rate régulièrement. Il n’est même pas parvenu à doubler les fesses d’Al Pacino ! Les pièces dans lesquelles il joue sont souvent de très mauvaise qualité, mais le pompon revient à ses pubs, minables à souhait (celle pour du rouge à lèvre comme celle pour un « ouvreur de briques de lait »). Il a également joué dans un film porno pour arrondir ses fins de mois. Rarement en activité, il est contraint de trouver des petits jobs, par exemple chez Chandler, Monica, Ross, ou au Central Perk. Son seul rôle marquant est celui de Drake Ramoray, dans Les jours de notre vie (rôle qu’il a obtenu, on l’oublie trop souvent, en couchant avec la productrice), un soap populaire à succès qui ne semble pas d’une très grande qualité, mais dont il est cependant très fier. Malheureusement, l’expérience est de courte durée pour lui : en se réappropriant le texte original, il s’attire les foudres de l’auteur, qui décide de supprimer le personnage. Une expérience douloureuse pour le comédien, qui a bien du mal à s’en remettre : il lui sera très difficile, lui qui a interprété le docteur « Drake Ramoray » (à prononcer avec l’accent pour impressionner, en vain, l’auditoire), de revenir à ses auditions. Mais il reviendra finalement pour de bon dans le rôle de Drake à partir de la huitième saison.

Il est assez difficile de savoir ce que pense réellement Joey de son métier. On sent tout de même en lui une volonté de réussir (il a d’ailleurs une propension importante à s’enflammer pour des projets fumeux, on pense notamment à celui qui se situe près de Las Vegas, qui ne verra jamais le jour), il a parfois quelques scrupules et se pose des questions (à juste titre) sur ses qualités d’acteur, mais on est quand même en droit de se demander s’il prend vraiment au sérieux son métier, lui qui oublie parfois des auditions ou qui est capable de s’y rendre directement après trois jours de pêche (Charlton Heston pourra en témoigner). Ambitieux, le Joey ? Il est permis d’en douter. On peut également se demander si le personnage ne recherche pas davantage la gloire que la réussite à proprement parler : le personnage se montre en effet souvent mégalo et égocentrique. Toujours est-il que l’on regrette que le comédien n’ait pas trouvé ne serait-ce qu’une fois un bon rôle : celui pour le film où il lui fallait un prépuce (un vrai, hein), dans la septième saison, avait par exemple l’air intéressant. C’est un peu frustrant, du moins pour le spectateur, puisque Joey a pour sa part l’air de totalement se satisfaire de son rôle de Drake.

Dans la sphère privée, Joey n’est plus le même homme. S'il est un loser sur les planches, il se révèle en revanche particulièrement inspiré avec la gent féminine : en parfait archétype du play-boy italien, il aligne les conquêtes sans effort (un simple « ça va, vous ? » [« How’re you doing ?] suffit à faire fondre la grande majorité de ces dames) et sans se poser trop de questions. Son aisance en matière de drague donne d’ailleurs des complexes à son colocataire et meilleur ami Chandler. Ce n’est pas franchement un sentimental, pensant plus au sexe qu'à autre chose, et à vrai dire, on peut même affirmer qu’il est un peu mufle avec les filles, qu’il ne rappelle quasiment jamais, au grand dam de ses amies Phoebe, Rachel et Monica. Il peut certes parfois lui arriver un coup de cœur (sa collègue Kate, sa colocataire Janine, ou encore Rachel), mais ces expériences sont de courte durée, et notre ami en ressort sans trop de bobos : il s’en remet aisément et passe vite à autre chose. C’est précisément parce que l’on sait que l’expérience va avoir un temps limité (et un peu aussi parce qu’elles sont traitées avec une certaine mièvrerie), que les histoires d’amour de Joey sont d’un intérêt limité, bien moins marquantes que celles de ses amis. Du coup, ses histoires les plus courtes sont les meilleures.

Outre les filles, Joey aime manger (sandwichs, pizzas, confiture), et n’hésite pas, quand son frigo est vide (ce qui est manifestement souvent le cas) à aller se servir dans celui des filles. On l’a compris, Joey n’est pas un intellectuel. Il lui arrive, en raison de son manque de culture et de vocabulaire, d’avoir du mal à suivre certaines conversations, et ne comprend en outre pas toujours le second degré, en plus de faire parfois preuve de beaucoup de naïveté (qui peut se révéler « dangereuse », comme lorsqu’il se fait cambrioler). Et pour ne rien arranger, son cerveau semble fonctionner à une vitesse assez limitée. Bref, Joey n'est pas seulement le séducteur et l’épicurien de la bande : il en est également le simplet.


Joey est cependant un ami fidèle, sur lequel on peut compter. On peut même dire que l’amitié est la seule chose qu’il prend vraiment au sérieux, notamment avec Chandler, son colocataire, meilleur ami et aide-financier, avec lequel il a une relation fusionnelle. Son amitié avec lui est grande. Il en prend réellement conscience lorsqu’il part vivre de son côté au cours de la deuxième saison. Eh oui, les parties de ping-pong ont moins de sel lorsqu’elles sont solitaires ! Mais il revient vite chez son meilleur ami, avec lequel il adore regarder Alerte à Malibu ou des films pornos (surtout quand ils passent gratuitement), jouer au babyfoot ou à des jeux de leur invention, le plus souvent débiles, mais manifestement jouissifs. Sa vraie histoire d’amour, c’est finalement Chandler ! S’il traite par-dessus la jambe ses flirts et son boulot, Joey est bien plus sérieux, voire strict, en ce qui concerne l’amitié. L’exemple le plus frappant de son aspect rancunier, et même dur et intraitable, est bien sûr « l’affaire Kathy » : lorsque Chandler lui « vole » sa petite amie, Joey met alors beaucoup de temps à lui pardonner. Le pire, c’est que tout le monde s’accorde à dire que si Chandler lui en avait parlé avant, Joey lui aurait sans problème « offert » Kathy. Cette histoire prouve à la fois la générosité de Joey, mais aussi son sens de la fidélité. Chandler le comprend à cette occasion : il ne faut jamais trahir Joey.

La famille de Joey est assez discrète. On ne voit ses fameuses sept sœurs que dans un seul épisode au cours de la troisième saison – même si l’on revoit une de ces sœurs, campée par une autre actrice, ultérieurement, lors de la huitième. On voit également ses deux grand-mères, l’une, « Nonna », en même temps que les sept sœurs, l’autre, « Nonnie », qui est fan de son jeu d’acteur et qui se rend chez lui à l’improviste, pour voir la série dans laquelle il est censé jouer, mais où son intervention a été coupée au montage. Ses parents, également, n’apparaissent qu’une seule fois : dans la première saison, où Joey apprend que son père a une maîtresse. On remarquera que Joey est celui de la bande, avec Ross et Monica, qui connaît le moins de problèmes dans ce domaine. Les autres personnages, Phoebe, Rachel et Chandler, ont des rapports bien plus complexes avec leur famille. Il est en tout cas un peu dommage que la famille Tribbiani soit si peu exploitée.

On constate finalement que Joey est le personnage qui évolue le moins de toute la série. Il reste globalement le même de la première à la dernière saison : son amour des filles et de la bonne (?) chère ne change pas, de même que sa bêtise et son immaturité (Chandler lui dit par exemple dans l’épisode 8.2 « Tu as 32 ans, Joey » pour souligner que son comportement adolescent n’est pas vraiment conforme à son âge). C’est également le personnage le plus réticent au changement : il a par exemple du mal à admettre que son ami Chandler aille vivre avec Monica de l’autre côté du couloir (saison 6) puis dans une autre maison (saison 10). En ce qui concerne l’acteur, Matt LeBlanc, ce n’est pas le meilleur, ni le plus « technique » des six. Il faut certes saluer son expressivité dans certaines situations : par exemple dans Celui qui déménage (5.7), lorsqu’ils visitent tous les trois le petit studio. De même, dans Celui qui avait les menottes (4.3), son changement brutal de visage lorsque le thème abordé passe des mots commençant par la lettre V à la Guerre de Corée. Ou encore son expression « à la Tex Avery » lorsqu’il apprend la relation de Chandler et Monica dans Celui qui rate son week-end (5.5). Mais il a tout de même un peu trop tendance à recourir à sa mimique habituelle (sa « moue »), et ce en toutes circonstances. Cependant, même s'il n’est pas l’acteur le plus élaboré, il reste d’un bon niveau, et aura eu le mérite de faire de Joey un personnage très attachant.

Ce que les scénaristes auraient pu améliorer chez lui : les auteurs auraient pu faire un peu évoluer Joey, que ce soit sur le plan professionnel ou amoureux. J’aurais souhaité qu’il trouve ne serait-ce qu’un bon rôle (en une décennie, ce n’est pas un luxe !). Les scénaristes n’ont également pas trouvé le bon ton sur le plan amoureux, si bien que ses histoires « sérieuses » ne sont pas très passionnantes, et traitées avec une certaine mièvrerie. Au final, on en vient à préférer ses histoires de passage, traitées de façon humoristique. À l’arrivée, aucune de ses histoires sentimentales n’est vraiment marquante.

 

 

Quelques-unes de ses meilleures répliques :

Chandler : Tu veux dire que cette jeune comédienne est la seule femme dont tu aies eu envie et qui n’aie pas eu envie de toi ?

Joey : Ouais. Oh mince alors : c’est ce que toi tu vis en permanence. (3.20)

 

Si jamais il le fallait, je pisserais sur n’importe lequel d’entre vous (4.1)

 

Chandler : Fais un choix entre elles, fais preuve de clémence.

Joey : C’est qui, Clémence ? (4.7)

 

Joey : Tu peux me donner une personne célèbre qui s’appelle Chandler ?

Chandler : Raymond Chandler.

Joey : Sûrement un type que t’as inventé ! (4.18)

 

Joey à Ross : Si tu ne me prends pas, je ne serai jamais témoin.

Chandler : Mais non, tu seras mon témoin le jour où je me marierai.

Joey : Si tu ne me prends pas, je ne serai jamais témoin ! (4.22)

 

Joey à Chandler : C’est ta dernière soirée ici, et je perds les deux plus importantes choses de ma vie : ce superbe baby-foot… et les 500 dollars que je te dois. (6.6)

 

Vous n’avez pas la télé ? Vers quoi sont dirigés vos meubles ? (9.23)