30 juillet 2012

Saison 5


Cette cinquième saison est une fort belle réussite, probablement la meilleure des dix. L’un de ses grands points forts repose sur le couple Chandler/Monica, qui apporte un peu de fraîcheur et de nouveauté à cette série qui reposait jusqu’ici beaucoup sur la relation Ross/Rachel, mais aussi de l’humour et de l’émotion. De l’humour, car notre nouveau couple décide de garder secrète leur relation. Cet ingrédient savoureux est particulièrement bien développé par les scénaristes : il est à l’origine de situations bien cocasses, comme le pauvre Joey, premier à être au courant, qui doit couvrir nos deux tourtereaux, quitte à passer pour un « gros dégoûtant ». On comprend aisément que le meilleur ami de Chandler insiste tant pour révéler au grand jour cette relation !

Mais cette histoire d’amour apporte également son lot de passages émouvants. Il ne faut d’abord pas oublier que Chandler et Monica étaient jusqu’alors abonnés aux histoires malheureuses. Chandler, si l’on excepte l’exaspérante Janice (et encore), n’avait jusqu’ici pas eu de relation vraiment sérieuse : il était plutôt habitué à des histoires éphémères comme avec Jade, Joanna, Nina ou encore Aurora. Situation un peu plus complexe pour Monica, qui avait elle aussi collectionné les déceptions amoureuses lors de la première saison, mais avait eu de vraies relations avec Richard, et à un degré moindre Pete. Son histoire avec le moustachu l’avait profondément marquée – on se souvient qu’elle avait rompu à contrecœur parce qu’il ne voulait pas d’autres enfants, et qu’elle avait eu bien du mal à vivre cette rupture. C’est donc peut-être parce qu’elle réunit deux « malheureux en amour » que cette relation nous touche tant. Cette saison marque ainsi le début d’une relation, et fait prendre conscience au spectateur que l’histoire qui est en train de se former, loin de se limiter à une simple aventure, peut devenir sérieuse. Nos deux personnages apprennent au fil de la saison à accepter les défauts de l’autre. Chandler résiste notamment aux horribles massages de sa compagne, et Monica accepte leurs points de vue divergents sur le plan de l’engagement (il est vrai qu’il est difficile de trouver plus opposés que ces deux-là !). Chandler parvient également à se faire pardonner ses maladresses (à l’hôpital par exemple), et notre couple résiste en outre à un week-end qui se déroule moins bien que prévu ! Du solide, donc, d’autant que nos deux personnages finissent par se déclarer leur amour, et même à penser au mariage…

Sentimentalement, quid de nos autres Friends ? Joey est globalement fidèle à lui-même, même s’il est un (court) temps jaloux de la relation Chandler-Monica. Mais rassurons-nous, le sentimentalisme de Joey est de courte durée ! Après un inspecteur de l’hygiène, Phoebe rencontre un flic, pour ce qui restera l’une de ses seules rencontres marquantes (avec David, le scientifique, et évidemment Mike), même si elle ne dure à l'arrivée que quelques épisodes. Phoebe va même jusqu'à habiter avec lui, mais cette situation ne dure qu'un temps-éclair, puisque Gary commet très vite l’irréparable. Fort dommage, d’ailleurs, que ce personnage ne dure pas plus longtemps, il m’inspirait davantage de sympathie que la plupart des autres flirts de Phoebe, qui sont il faut le dire le plus souvent peu consistants. Pas grand-chose chez Rachel et Ross (si ce n’est bien sûr les rapports plus que compliqués de celui-ci avec la despotique Emily, puis le divorce). Rachel sort brièvement avec Danny, et Ross plus brièvement encore avec une jeune femme, mais son pantalon en cuir abrège le flirt… Pas grand-chose à dire à leur sujet, donc, si ce n’est bien entendu le surprenant cliffhanger du dernier épisode, qui nous met l’eau à la bouche…

Sur le plan professionnel, on trouve quelques changements. Ross, notamment. Jusqu’ici sa vie dans ce domaine était un long fleuve tranquille, mais, mis sous tension par l’affaire Emily, il pète les plombs pour une simple histoire de sandwich : il est invité à consulter un psy et à arrêter temporairement le travail. Rachel passe, elle, de Bloomingdale’s à Ralph Lauren, où elle se sent parfois à l’écart, n’ayant pas l’ancienne mauvaise habitude de Chandler… Et au niveau ni sentimental ni professionnel, on notera en particulier le déménagement de notre ami Ross, devenu nouveau voisin des meilleurs colocataires du monde puisqu’il habite désormais l’appartement du fameux « Gros-Tout-Nu ». Il se souviendra longtemps de ce déménagement, autant pour la façon cocasse dont il s’est mis dans la poche ce dernier, que pour ses premiers moments dans l’appartement. Prononcez devant lui le nom de « Howard », il risquera, encore aujourd’hui, de faire de l’urticaire… Phoebe de son côté accouche de ses trois enfants (un garçon et deux filles, soit une fille de plus que ce qui était prévu : le petit « Chandler » étant en effet une fille). Ses amis, qui ont souffert de ses mémorables sautes d’humeur pendant la grossesse, peuvent enfin souffler.

C’est donc une très belle saison. Hormis l’apport du couple Chandler/Monica que j’ai développé plus haut, cette saison offre de fort bons moments, parmi lesquels ce premier épisode londonien, bien dans l’esprit des deux derniers de la quatrième saison, qui se situe donc juste après le fameux lapsus de Ross. On note également le terrible marché que fait passer Emily à Ross : cette dernière accepte de vivre avec lui à New York s’il s’engage à ne plus voir Rachel… Ce sont des passages durs et graves, durant lesquels on souffre pour Ross. Mais on trouve également beaucoup de passages drôlissimes : le magnifique épisode flash-back où l’on voit nos Friends quelques années auparavant, mais aussi le sandwich de Joey (dans la voiture de Gary), Ross draguant la livreuse de pizzas, Phoebe « jouant » avec Chandler (ayant appris sa relation avec Monica), le nouveau film super-géant dans lequel va jouer Joey, qui est à l’origine d’une dispute comme on les aime entre celui-ci et Chandler… Sans parler de ce remarquable double épisode à Las Vegas, comparable, en termes d’entrain et de qualité, à la doublette londonienne de la saison passée. On apprécie également que les acteurs s’approprient de plus en plus leurs personnages : Joey philosophe sur son métier, Monica fayote un max (auprès de l’ophtalmo et de son prof de littérature), ou encore Ross, particulièrement expressif dans certains épisodes. 

Beaucoup, beaucoup d’excellents passages, donc, dans cette saison, même si, comme toutes les autres, elle est quelque peu irrégulière. Certaines intrigues emportent moins, et font même presque bouche-trou : ainsi en est-il des rapports Rachel/Danny (« la balle est dans mon camp », etc.), qui n’offrent que peu d’intérêt, du moins jusqu’à l’arrivée de « la sœur un peu spéciale ». Pour rester à Rachel, l’intrigue cigarette à son boulot n’est de même pas particulièrement prenante. On ajoutera également les auditions de Joey (avec le sac, puis en concurrence avec Ben), le rire différent de Chandler, les retrouvailles de Phoebe avec son père… Mais ce qui m’a le plus agacé dans cette saison est le fait que Ross s’en prenne plein la poire : cela commence par sa coiffure, puis son licenciement temporaire, l’épisode lourdingue car tellement « Mr Beanien » du pantalon en cuir, et il va même jusqu’à sortir avec Janice ! (je n’évoque pas la drague de la livreuse de pizzas, car cet épisode m’a beaucoup amusé)... Ross, personnage que j’adore, n’est vraiment pas à son avantage lors d’une grande partie de cette saison, et cette « persécution » m’a un peu agacé. Laissez-le un peu tranquille, bon sang ! Cela dit, ces points faibles n’enlèvent rien au fait que cette saison reste pleine d’entrain et de bonnes trouvailles, et se révèle probablement la plus régulière et enthousiasmante de l’ensemble de la série.

 

Meilleurs épisodes (par ordre chronologique) :

Celui qui avait dit Rachel (5.1)

Celui qui accepte l'inacceptable (5.4)

Celui qui rate son week-end (5.5)

Celui qui avait des souvenirs difficiles à avaler (5.8)

Celui qui découvre tout (5.14)

Celui qui enviait ses amis (5.16)

Celui qui ne savait pas flirter (5.19)

Celui qui sauvait des vies (5.20)

Celui qui devait casser la baraque (5.22)

Celui qui était à Las Vegas 1 et 2 (5.23 et 5.24)