16 août 2012

Chandler Bing


Chandler Muriel Bing est le comique de la bande. Il aime les jeux de mots, vannes et autres mots d’esprit, qui sont, comme il aime à le répéter, avant tout un moyen de défense. Chandler est donc un personnage plus angoissé qu’il n’y paraît. Il est en froid avec ses parents, qu’il s’agisse de sa mère, auteure à succès de romans érotiques, ou plus encore son père, « Charles-Helena », qui se travestit. Il a été profondément marqué par la rupture de ses parents lorsqu’il était enfant, en plein repas de Thanksgiving, ce qui explique pourquoi le personnage se montre aussi aigri à l’approche de cette fête. Ce mal-être familial a sans doute des répercussions sur sa vie amoureuse : notre homme, en plus de ne pas être un bon dragueur (ce qui ne l’empêche cependant pas de se trouver des compagnes, contrairement à ce qu’il a tendance à suggérer), a surtout un problème sur le plan de l’engagement, ce qui lui vaut d’enchaîner des histoires à très court terme, avec par exemple Nina, Aurora, Kathy, Jade ou Joanna. Pour ne rien arranger, notre homme est souvent perçu comme gay. De Joey (3.6) à Rachel (1.8) en passant par ses collègues de bureau (1.8), et le voisin un peu spécial M. Heckles (2.3), tout le monde se trompe à son sujet, ce qui occasionne de récurrentes et savoureuses répliques et situations. Au final, la seule fille avec laquelle il reste plusieurs épisodes dans les premières saisons est paradoxalement Janice, une fille hystérique et pas très maligne qui n’a pas franchement la cote auprès des Friends, et dont lui-même ne semble pas tellement amoureux. Heureusement, son histoire avec Monica, entamée à la fin de la quatrième saison, va épanouir notre Chandler : il va prendre confiance et mûrir, au point de se marier et d’adopter deux jumeaux avec sa dulcinée.

Chandler a donc pendant longtemps une certaine immaturité sur le plan de l’engagement amoureux, mais se révèle cependant très mûr au niveau du travail. Contrairement à son ami Joey, Chandler connaît très peu de réelles difficultés sur le plan professionnel. Il occupe déjà un emploi dès le début de la première saison, et même si personne ne sait vraiment en quoi celui-ci consiste (hormis le fait qu’il s’agisse d’un métier en rapport avec les chiffres et l’informatique), et même si le poste ne semble pas le passionner, sa vie professionnelle est un long fleuve tranquille. Il n’y a que dans la neuvième saison, lorsqu’il démissionne de son poste à Tulsa, qu’il rencontre des difficultés. Il change de cap et décide de travailler dans la publicité, en commençant par un stage non rémunéré où ne sont engagés à son terme qu’une minorité de stagiaires… Mais il finit par être engagé pour un poste de rédacteur junior, fonction plus en adéquation avec son profil, puisque le personnage, comme on l’apprend dans la doublette 6.15-6.16, a plus d’affinités avec l’écriture qu’avec les chiffres.

Chandler, on l’a vu, n’est pas tout à fait à son avantage avec les filles, mais il l’est en revanche bien plus sur le plan de l’amitié. Il est toujours attentif au bien-être de ses amis (même s'il ne se gêne pas pour gentiment les taquiner), en plus d’être de bon conseil. On pense à Ross, son ancien pote de fac, mais surtout à Joey, son colocataire pendant de nombreuses saisons. Son amitié avec ce dernier, tout en complicité, jeux débiles et « disputes de couple » (dont certaines en raison de leurs « enfants » : le canard et le poussin !) est sans nul doute la plus émouvante, drôle et marquante de la série. Chandler est toujours là pour dépanner financièrement son meilleur ami, ainsi que pour l’encourager dans sa voie – tout en modérant son enthousiasme si celui-ci s’enflamme un peu trop. On trouve notamment deux grands moments, particulièrement émouvants, concernant cette amitié : lorsque Joey part dans la deuxième saison habiter de son côté, on les voit tous les deux dépérir dans leur coin, avant qu’Eddy ne devienne le nouveau colocataire de Chandler. Celui-ci prenant conscience qu’Eddy est un peu maboule, Joey revient de façon jubilatoire : le duo de colocataires est reformé pour notre grand plaisir ! L’autre grand moment concerne Kathy, que Chandler pique à Joey. Celui-ci lui en veut terriblement, mais finit par lui pardonner après que Chandler accepte de réfléchir dans une caisse (!) à son erreur.

Chandler est quelqu’un de très intelligent. Il se montre même parfois rusé et manipulateur pour arriver à ses fins. Il manipule ainsi Phoebe pour que celle-ci choisisse son prénom pour le troisième enfant de Frank et Alice, et on se souvient de même de la dextérité avec laquelle il parvient à renverser la tendance en semant la zizanie lorsque l’attention est centrée sur son amour de la cigarette. Il décourage également habilement Monica lorsque celle-ci veut lui faire un cours de gym intensif.

Bref, Chandler est un personnage qui propose d’excellents moments, entre son inoubliable histoire d’amitié avec Joey, son émouvante idylle avec Monica et ses reparties cinglantes. Dommage tout de même qu'il se soit un peu ramolli dans les dernières saisons, ce qui s’explique à la fois par les problèmes de santé de l’acteur, mais surtout par le fait qu’il se soit « rangé » avec Monica, ce qui place également au second plan son fameux duo avec Joey. L’homme a un peu perdu de son mordant, mais il demeure toutefois l’un des personnages les plus attachants de la série.

 

Quelques-unes de ses meilleures répliques :

 

Chandler : Je ne vais pas l’appeler, je lui ai laissé un message, j’ai quand même ma fierté.

Monica : C’est vrai ?

Chandler : Non. (1.20)

 

Pour moi, le monde est un mariage lesbien permanent. (2.11)

 

Phoebe : Vous vous y connaissez en poulettes ?

Chandler : En volaille, non mais en filles… non plus. (3.21)

 

Chandler : Pourquoi êtes-vous là ?

Marjory : Je parle pendant mon sommeil.

Chandler : Quelle coïncidence, moi j’écoute pendant mon sommeil.(4.20)

 

Si j’étais un garçon… (10.5)


30 juillet 2012

Saison 5


Cette cinquième saison est une fort belle réussite, probablement la meilleure des dix. L’un de ses grands points forts repose sur le couple Chandler/Monica, qui apporte un peu de fraîcheur et de nouveauté à cette série qui reposait jusqu’ici beaucoup sur la relation Ross/Rachel, mais aussi de l’humour et de l’émotion. De l’humour, car notre nouveau couple décide de garder secrète leur relation. Cet ingrédient savoureux est particulièrement bien développé par les scénaristes : il est à l’origine de situations bien cocasses, comme le pauvre Joey, premier à être au courant, qui doit couvrir nos deux tourtereaux, quitte à passer pour un « gros dégoûtant ». On comprend aisément que le meilleur ami de Chandler insiste tant pour révéler au grand jour cette relation !

Mais cette histoire d’amour apporte également son lot de passages émouvants. Il ne faut d’abord pas oublier que Chandler et Monica étaient jusqu’alors abonnés aux histoires malheureuses. Chandler, si l’on excepte l’exaspérante Janice (et encore), n’avait jusqu’ici pas eu de relation vraiment sérieuse : il était plutôt habitué à des histoires éphémères comme avec Jade, Joanna, Nina ou encore Aurora. Situation un peu plus complexe pour Monica, qui avait elle aussi collectionné les déceptions amoureuses lors de la première saison, mais avait eu de vraies relations avec Richard, et à un degré moindre Pete. Son histoire avec le moustachu l’avait profondément marquée – on se souvient qu’elle avait rompu à contrecœur parce qu’il ne voulait pas d’autres enfants, et qu’elle avait eu bien du mal à vivre cette rupture. C’est donc peut-être parce qu’elle réunit deux « malheureux en amour » que cette relation nous touche tant. Cette saison marque ainsi le début d’une relation, et fait prendre conscience au spectateur que l’histoire qui est en train de se former, loin de se limiter à une simple aventure, peut devenir sérieuse. Nos deux personnages apprennent au fil de la saison à accepter les défauts de l’autre. Chandler résiste notamment aux horribles massages de sa compagne, et Monica accepte leurs points de vue divergents sur le plan de l’engagement (il est vrai qu’il est difficile de trouver plus opposés que ces deux-là !). Chandler parvient également à se faire pardonner ses maladresses (à l’hôpital par exemple), et notre couple résiste en outre à un week-end qui se déroule moins bien que prévu ! Du solide, donc, d’autant que nos deux personnages finissent par se déclarer leur amour, et même à penser au mariage…

Sentimentalement, quid de nos autres Friends ? Joey est globalement fidèle à lui-même, même s’il est un (court) temps jaloux de la relation Chandler-Monica. Mais rassurons-nous, le sentimentalisme de Joey est de courte durée ! Après un inspecteur de l’hygiène, Phoebe rencontre un flic, pour ce qui restera l’une de ses seules rencontres marquantes (avec David, le scientifique, et évidemment Mike), même si elle ne dure à l'arrivée que quelques épisodes. Phoebe va même jusqu'à habiter avec lui, mais cette situation ne dure qu'un temps-éclair, puisque Gary commet très vite l’irréparable. Fort dommage, d’ailleurs, que ce personnage ne dure pas plus longtemps, il m’inspirait davantage de sympathie que la plupart des autres flirts de Phoebe, qui sont il faut le dire le plus souvent peu consistants. Pas grand-chose chez Rachel et Ross (si ce n’est bien sûr les rapports plus que compliqués de celui-ci avec la despotique Emily, puis le divorce). Rachel sort brièvement avec Danny, et Ross plus brièvement encore avec une jeune femme, mais son pantalon en cuir abrège le flirt… Pas grand-chose à dire à leur sujet, donc, si ce n’est bien entendu le surprenant cliffhanger du dernier épisode, qui nous met l’eau à la bouche…

Sur le plan professionnel, on trouve quelques changements. Ross, notamment. Jusqu’ici sa vie dans ce domaine était un long fleuve tranquille, mais, mis sous tension par l’affaire Emily, il pète les plombs pour une simple histoire de sandwich : il est invité à consulter un psy et à arrêter temporairement le travail. Rachel passe, elle, de Bloomingdale’s à Ralph Lauren, où elle se sent parfois à l’écart, n’ayant pas l’ancienne mauvaise habitude de Chandler… Et au niveau ni sentimental ni professionnel, on notera en particulier le déménagement de notre ami Ross, devenu nouveau voisin des meilleurs colocataires du monde puisqu’il habite désormais l’appartement du fameux « Gros-Tout-Nu ». Il se souviendra longtemps de ce déménagement, autant pour la façon cocasse dont il s’est mis dans la poche ce dernier, que pour ses premiers moments dans l’appartement. Prononcez devant lui le nom de « Howard », il risquera, encore aujourd’hui, de faire de l’urticaire… Phoebe de son côté accouche de ses trois enfants (un garçon et deux filles, soit une fille de plus que ce qui était prévu : le petit « Chandler » étant en effet une fille). Ses amis, qui ont souffert de ses mémorables sautes d’humeur pendant la grossesse, peuvent enfin souffler.

C’est donc une très belle saison. Hormis l’apport du couple Chandler/Monica que j’ai développé plus haut, cette saison offre de fort bons moments, parmi lesquels ce premier épisode londonien, bien dans l’esprit des deux derniers de la quatrième saison, qui se situe donc juste après le fameux lapsus de Ross. On note également le terrible marché que fait passer Emily à Ross : cette dernière accepte de vivre avec lui à New York s’il s’engage à ne plus voir Rachel… Ce sont des passages durs et graves, durant lesquels on souffre pour Ross. Mais on trouve également beaucoup de passages drôlissimes : le magnifique épisode flash-back où l’on voit nos Friends quelques années auparavant, mais aussi le sandwich de Joey (dans la voiture de Gary), Ross draguant la livreuse de pizzas, Phoebe « jouant » avec Chandler (ayant appris sa relation avec Monica), le nouveau film super-géant dans lequel va jouer Joey, qui est à l’origine d’une dispute comme on les aime entre celui-ci et Chandler… Sans parler de ce remarquable double épisode à Las Vegas, comparable, en termes d’entrain et de qualité, à la doublette londonienne de la saison passée. On apprécie également que les acteurs s’approprient de plus en plus leurs personnages : Joey philosophe sur son métier, Monica fayote un max (auprès de l’ophtalmo et de son prof de littérature), ou encore Ross, particulièrement expressif dans certains épisodes. 

Beaucoup, beaucoup d’excellents passages, donc, dans cette saison, même si, comme toutes les autres, elle est quelque peu irrégulière. Certaines intrigues emportent moins, et font même presque bouche-trou : ainsi en est-il des rapports Rachel/Danny (« la balle est dans mon camp », etc.), qui n’offrent que peu d’intérêt, du moins jusqu’à l’arrivée de « la sœur un peu spéciale ». Pour rester à Rachel, l’intrigue cigarette à son boulot n’est de même pas particulièrement prenante. On ajoutera également les auditions de Joey (avec le sac, puis en concurrence avec Ben), le rire différent de Chandler, les retrouvailles de Phoebe avec son père… Mais ce qui m’a le plus agacé dans cette saison est le fait que Ross s’en prenne plein la poire : cela commence par sa coiffure, puis son licenciement temporaire, l’épisode lourdingue car tellement « Mr Beanien » du pantalon en cuir, et il va même jusqu’à sortir avec Janice ! (je n’évoque pas la drague de la livreuse de pizzas, car cet épisode m’a beaucoup amusé)... Ross, personnage que j’adore, n’est vraiment pas à son avantage lors d’une grande partie de cette saison, et cette « persécution » m’a un peu agacé. Laissez-le un peu tranquille, bon sang ! Cela dit, ces points faibles n’enlèvent rien au fait que cette saison reste pleine d’entrain et de bonnes trouvailles, et se révèle probablement la plus régulière et enthousiasmante de l’ensemble de la série.

 

Meilleurs épisodes (par ordre chronologique) :

Celui qui avait dit Rachel (5.1)

Celui qui accepte l'inacceptable (5.4)

Celui qui rate son week-end (5.5)

Celui qui avait des souvenirs difficiles à avaler (5.8)

Celui qui découvre tout (5.14)

Celui qui enviait ses amis (5.16)

Celui qui ne savait pas flirter (5.19)

Celui qui sauvait des vies (5.20)

Celui qui devait casser la baraque (5.22)

Celui qui était à Las Vegas 1 et 2 (5.23 et 5.24)

5.15. Celui qui prenait des coups (The one with the girl who hits Joey)


Maintenant que tout le monde est au courant de la relation entre Chandler et Monica, chacun y va de ses petites réflexions sur un éventuel mariage, ce qui a le don d’effrayer Chandler. Monica est déçue de cette peur de l’engagement. Pour se racheter, il la demande en mariage… Ross vient d’emménager. On lui demande 100 dollars pour le départ de l’homme d’entretien qui officie depuis 25 ans. Ross, ne le connaissant pas, refuse, ce qui a des conséquences néfastes sur sa popularité. Il essaie pour se faire apprécier d’organiser une pendaison de crémaillère, mais c’est un fiasco total, d’autant qu’il multiplie les gaffes et que Phoebe lui fait involontairement de l’ombre. Joey sort avec une fille qui le frappe… Épisode bien sympa. L’intrigue Chandler et Monica est agréable : on sentait bien qu’il y aurait un jour des tensions sur la question de l’engagement amoureux. Chandler se montre touchant, même si sa demande en mariage n’est pas franchement crédible. L’intrigue Ross comporte également de bons passages – même si on aimerait quand même bien que les scénaristes arrêtent un peu de s’acharner sur lui. Pauvre Ross, qui enchaîne les bourdes (le gâteau de Howard !), alors qu’il a raison sur le fond : je comprends tout à fait son choix de ne pas payer les 100 dollars, sachant qu’il vient d’arriver dans l’appartement. L’intrigue Joey est tout aussi agréable, même si plus secondaire : mais rien que le voir affublé de ses six pull-overs vaut le détour, et cette intrigue de Joey martyrisé donne en outre l’occasion de quelques bonnes vannes à son endroit. Je retiendrai également l’introduction réussie, où Ross réagit de façon lunatique (tantôt exalté, tantôt agressif) face au couple Chandler-Monica. Bref, un bon épisode, agréable.

Posté par Nico Friends à 10:54 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , ,