01 décembre 2012

Friends : les raisons d'un succès


Qui diable, alors que commençait la première saison de Friends en 1994, pouvait deviner que la série durerait dix ans, deviendrait la sitcom la plus connue et reconnue de l’histoire, et que les acteurs seraient payés lors des ultimes saisons plus d’un million de dollars par épisode ? Le pitch de départ n’avait pourtant en soi rien de folichon : le quotidien de six jeunes adultes new-yorkais, passant la majorité de leur temps à buller au bistrot du coin. D’autant que les débuts n’étaient pas franchement fracassants : les tests d’audience du pilote (premier épisode) n’étaient pas favorables, avec une performance faible (41%). On était bien loin du 91% du premier épisode de la série Urgences ! Alors, comment expliquer qu’une série a priori banale ait pu devenir un phénomène de société ? Tentatives de réponses.

Première originalité de la série : elle ne repose pas sur un personnage en particulier, mais sur la bande des six. Parmi ces personnages principaux, aucun n’est plus important que les autres. La star, c’est l’équipe, comme diraient les footballeurs. Sauf que dans le cas de la sitcom, ce n’est pas de la langue de bois mais la pure vérité ! Les personnages sont en outre particulièrement réussis. Caricaturaux jusque ce qu’il faut, leurs caractéristiques sont bien mises en évidence, ce qui les rend particulièrement attachants. Joey l’acteur raté, séducteur et benêt, Ross, le prof pédant, timide et romantique, Monica, la « maman du groupe », qui rêve d’enfants et a la manie du rangement, Phoebe la foldingue, Chandler, qui dissimule ses angoisses derrière une façade de comique de service... Seule Rachel semble un peu moins réussie que les autres : si l’on excepte son amour pour Ross, rien ne la caractérise réellement. Ses traits de caractère (son côté fille à papa, sa maladresse) sont plus secondaires, moins mis en valeur. Quoi qu’il en soit, les auteurs ont eu la bonne idée de faire des personnages des M. Tout le monde, qui n’ont vraiment rien de superhéros. On a en effet affaire à des personnages tout sauf parfaits, et tous différents, ce qui les rend d’autant plus attachants, et nous permet de nous identifier plus encore à eux. « Fondamentalement, ce sont des gens charmants qu’on est contents de voir, explique Perry. Tous les groupes ont un Ross ou un Chandler parmi eux ». Et puis – qualité que l’on trouve également dans la saga Harry Potteron apprécie de voir évoluer nos six héros. Dix ans, ça change une vie ! À part Joey, qui reste globalement le même du début à la fin, voire peut-être Phoebe, nos personnages changent, évoluent, mûrissent. Rachel la pourrie-gâtée pas très dégourdie prend son envol sur le plan professionnel, Chandler le phobique de l’engagement s’épanouit avec Monica, jusqu’à se marier et adopter des enfants, Ross le cérébral devient un peu foufou et imprévisible, et Monica la malchanceuse réussit dans tous les domaines (sentimental comme professionnel). Outre le renouvellement que cela apporte, les voir mûrir et s’épanouir est fortement réconfortant. Et les acteurs sont talentueux, en particulier David Schwimmer et Courteney Cox. Le niveau global est très élevé, si l’on excepte peut-être (du moins à mes yeux) Lisa Kudrow, dont le jeu est moins subtil et moins élaboré. Et pour ne rien gâter, ils sont tous séduisants, avec une mention spéciale pour Jennifer Aniston, sublime dans certaines saisons (la 2 et la 10, notamment). Quant aux personnages « satellites », qui gravitent autour de nos Friends, ils contribuent également à la qualité de la série : les parents Geller, le père Green, Janice, Gunther… Leurs apparitions sont toujours pertinentes, et leurs personnages habilement interprétés.


Les stars ont aussi apporté leur contribution au succès. Quelle autre série télé peut se targuer d’avoir compté parmi ses « guests » Bruce Willis, George Clooney, Julia Roberts, Robin Williams, Brad Pitt, Jeff Goldblum, Gary Oldman, Danny DeVito et Sean Penn, pour ne citer qu’eux ? Même s’ils ne font pas forcément un passage aussi remarqué que Bruce Willis, qui restera le mieux utilisé (Sean Penn n’aura par exemple pas marqué la série, et beaucoup d’autres ne font qu’une apparition-éclair), c’est un ingrédient de plus qui donne envie de regarder la série. Pas forcément le plus important, mais tout de même non négligeable : savoir que l’épisode du jour compte parmi ses invités telle ou telle célébrité peut apporter le petit plus qui va susciter la curiosité, non du fan (qui n’en a pas besoin), mais du spectateur plus ponctuel.


Outre les six personnages en eux-mêmes, une clé de la réussite de la série repose sur les relations qu’ils ont entre eux, qu’elles soient amicales ou amoureuses. Sur le plan sentimental, on pense évidemment à la relation entre Ross et Rachel, qui nous passionne, en particulier au cours des premières saisons. Les tentatives de drague de Ross pendant la première saison, le premier baiser lors de la deuxième et la fameuse rupture dans la troisième auront passionné et ému au plus haut point des millions de spectateurs. Cette histoire aura proposé bon nombre des meilleurs passages de la série. Et, même si elle s’essouffle un peu au cours des dernières saisons (en raison du couple Chandler-Monica, qui prend le pas sur elle), cette relation continue, même en pointillés, à nous captiver : il suffit de penser au mariage à Vegas, à la conception de la petite Emma (ah, l’épisode de la vidéo) ou encore au « retour » de nos tourtereaux dans le dernier épisode ! L’autre relation amoureuse est celle de Chandler et Monica. Contrairement à celle de Ross et Rachel, rien ou presque ne vient annoncer leur histoire, qui survient ainsi alors que personne ne s’y attend. Ce qui ne l’empêche pas de drôlement bien marcher, peut-être en partie parce qu’elle réunit deux malheureux en amour. Leur relation apporte un sérieux coup de fouet à la série, étant à l’origine de passages émouvants, mais aussi hilarants (par exemple lorsqu’ils cachent leur relation aux autres amis), même si elle s’essouffle quelque peu entre les saisons 7 et 9.

Et puis il y a l’amitié. La relation la plus marquante de ce type est celle qui unit Joey et Chandler, une grande réussite du genre. Leur relation, tout en petites (ou parfois grandes : cf. l’affaire Kathy) disputes, mais surtout en complicité voire en « délires » (le poussin et le canard, les jeux débiles auxquels ils jouent, les films porno…), est la plus drôle et la plus émouvante de la série. Elle écrase toutes les autres, même la seconde plus importante, entre Monica et Rachel. Un réel bonheur.


L'aspect humain qui se dégage de ces relations, en particulier amicales, apporte une dimension « consolante » à la série. Dans un monde où l’individualisme et la solitude prévalent, rien de tel qu’une vie chaleureuse comme celle qui nous est ici proposée. Malgré quelques savoureux désaccords (qui font aussi le charme de la colocation), la série dresse un portrait très positif de la vie en communauté – une sorte de refuge, qui contraste ici fortement avec la famille, souvent traitée de façon négative (les personnages ont souvent un rapport compliqué avec la leur, en particulier Chandler et Phoebe, mais également Monica et Rachel). Ainsi, alors que la famille est considérée comme « subie », l’amitié est « choisie », et autrement épanouissante. Cet aspect « solidaire » est présent jusqu’aux paroles de la chanson du générique (« I’ll be there for you, cause you’re there for me too »), et a grandement contribué au succès de la série. Un succès qui précède d’ailleurs d’autres réussites « consolantes » comme les films Bienvenue chez les Ch’tis ou Intouchables, ainsi que certains romans (ceux de Gavalda, par exemple), où le spectateur/lecteur éprouve manifestement une réelle satisfaction à voir des gens partager bonheurs et peines, et à s’accepter malgré leurs défauts et leurs différences. « Je crois que le succès de Friends ne tient pas seulement au fait que c’est drôle, mais au fait que ces personnages ont vraiment du cœur – ils s’aiment et ils ont besoin les uns des autres, comme une famille. C’est un spectacle bourré d’amour », témoigne Schwimmer.

L’autre aspect consolant de la série repose sur sa dimension distrayante : elle permet de se vider la tête et d’oublier ses soucis quotidiens. « C’est géant, tu vois ce que je veux dire ? explique Schwimmer. Savoir que tu influences et peut-être même que tu améliores l’existence de tant de gens que tu ne connaîtras jamais. C’est le côté le plus positif – aider les gens à vivre» Une mention spéciale pour les États-Unis, traumatisés par les événements du 11-Septembre, survenus lors de la huitième saison. Comme le dit Jennifer Aniston : « Quelque chose de particulier s’est déclenché après le 11-Septembre. C’était difficile de recommencer à travailler et faire une sitcom quand le monde partait en miettes […] Pouvions-nous oser reprendre le travail ? […] Puis petit à petit, dans le premier épisode que nous avons joué, il y avait une telle énergie dans le public, j’ai compris que les gens avaient désespérément besoin de cette détente. Et les rires étaient plus forts que jamais. Comme s’ils canalisaient leurs larmes dans des rires homériques. La série offrait des petites poches de consolation. Les gens venaient me voir après le 11-Septembre, ici et à New York, pour me remercier de leur avoir permis de s’échapper une demi-heure. » Même son de cloche chez Marta Kauffman : « Je crois que Friends était de la consolation en images […] Nous faisons de la comédie et je crois que les gens avaient davantage envie de rire que de revoir à l’infini les images des Tours en train de s’écrouler. Au bout d’un moment, les gens étaient prêts à rire, ils en avaient besoin. »


Friends est, chose évidente, une sitcom (situation comedy) : elle repose donc beaucoup sur l’humour, que l’on trouve à tous les étages. Autant dans l’aspect imparfait des personnages (les déboires de Ross en matière de drague, le côté benêt de Joey, la maniaquerie de Monica…) que dans les répliques et reparties, qui fusent régulièrement, et dont Chandler est le spécialiste. On trouve également le comique de situation (par exemple, Chandler coincé dans les toilettes en porte-jarretelles dans Celui qui retrouve son singe…), les nombreux quiproquos et le comique de répétition, toujours efficace, qui permet de créer une complicité avec le spectateur. Les éléments humoristiques récurrents ne manquent pas : le Gros-Tout-Nu, l’amour de Gunther pour Rachel, le fameux « on avait rompu » de Ross, ses mariages ratés, le « ça va, vous ? » de Joey, Janice…

L’une des autres principales réussites de la série est d’avoir su combiner l’humour avec l’émotion. Celui-ci, même si omniprésent et souvent très efficace, n’aurait probablement pas suffi à rendre la série aussi marquante et inoubliable. L’émotion apporte donc l’ingrédient qui fait la différence, que l’on retrouve aussi bien dans les histoires d’amour (Ross-Rachel, Chandler-Monica) que dans les histoires d’amitié (Rachel-Monica et plus encore Joey-Chandler). « Si la série marche, c’est parce qu’on s’intéresse à ces gens, explique David Crane. Ça marcherait moins bien si c’était moins drôle, mais on ne regarderait pas autant la saison neuf ou dix si on n’était pas aussi accros aux personnages. Nous, nous passons notre temps à osciller, pour trouver le bon équilibre entre l’émotion et la franche rigolade ». En témoigne la dispute entre Ross et Rachel, après que celui-ci a couché avec Chloe. La dispute elle-même est sérieuse, émouvante, voire dramatique, tandis que les réactions des quatre autres amis, planqués dans la chambre d’à côté, permettent de dédramatiser et d’ajouter de l’humour. L’une des scènes les plus réussies et symboliques de Friends ! L’extrait de la vidéo dans « Celui qui a failli aller au bal » l’est tout autant : voir nos Friends plusieurs années auparavant est hilarant, mais la déception du jeune Ross nous émeut, tout autant que le baiser de Rachel à la suite du visionnage.

Une autre clé repose sur la structure des épisodes. Le fait qu’il y ait tant de personnages principaux permet aux scénaristes de créer trois histoires dans chaque épisode. Cela permet d’apporter quelque chose de relativement inédit, ainsi que davantage de rythme et d’entrain. Comme le dit Kevin Bright : « Marta [Kauffman] et David [Crane] ont établi cette allure afin de pouvoir servir les six personnages équitablement. Traditionnellement, la plupart des sitcoms ont une histoire A et une histoire B, mais avec Friends on a ajouté une histoire C. Ce qui change tout. Pour avoir trois histoires, il faut bien accélérer la narration. En passant rapidement et souvent d’une histoire à l’autre, on a créé un rythme dans le montage qui rend Friends unique. »


Cette structure en trois histoires se retrouve dans la grande majorité des épisodes, mais les scénaristes ont également eu la bonne idée de renouveler l’intérêt avec quelque chose de totalement différent, comme des épisodes centrés sur une seule « intrigue », par exemple Celui qui a du mal à se préparer et Celui pour qui le foot c’est pas le pied. Le premier se déroule en temps réel et dans une seule pièce (le salon des filles), ce qui lui confère des airs de pièce de théâtre. Le second est centré sur des parties de football américain. Rien de captivant a priori ? Tout le talent des scénaristes consiste à nous distraire avec si peu, tout en nous permettant de changer un peu des épisodes « classiques ». Autre originalité de certains épisodes : les flashbacks. Cela commence en douceur (mais aussi en force !) avec Celui qui a failli aller au bal, où l’on ne voit qu’un extrait de vidéo ancienne. Même si ce passage est court, il aura marqué les esprits : ce n’est pas pour rien que cet épisode est souvent cité par les fans parmi les meilleurs épisodes de toute la série. Il faut dire que voir l’ancien nez de Rachel, l’ancien poids de Monica et le look ringard au possible de Ross est un pur régal ! Cela se poursuit avec l’inoubliable Celui qui se souvient, où l’on voit entre autres la première rencontre entre Joey et Monica, et la façon dont ce dernier et Chandler sont devenus colocataires. Inoubliable ! On citera également Celui qui a des souvenirs difficiles à avaler, lui aussi excellent. Et on trouve en outre, parmi les épisodes différents, les « doublettes », là encore une excellente idée. Ils viennent à partir de la quatrième saison clore la saison, et sont pour la plupart de petites merveilles. On citera notamment les épisodes se déroulant à Londres et à Las Vegas. Mais on pourrait en outre citer l’ultime épisode, qui tient toutes ses promesses, ou encore Celui qui retrouve son singe. Des modèles du genre !

Une autre raison du succès de la longévité de cette série, c’est le plan humain. L’équipe, qu’il s’agisse des scénaristes ou des comédiens, a, aux dires de ces derniers, toujours été soudée. Aniston en témoigne : « Si, dès le début, nous ne nous étions pas autant aimés, nous aurions sans doute facilement lâché prise […] Notre premier réalisateur [...] a dit : “Restez ensemble, agissez comme un groupe.”  Et on lui a obéi à la lettre. On a suivi son conseil. On a construit là-dessus, sur cette pensée fondamentale. » Perry, pour lequel l’humilité semble avoir été prépondérante pour l’harmonie du groupe et donc le succès de la série, ne dit pas autre chose : « Pour nous six, [notre vie] a changé exactement de la même façon, alors on pouvait vraiment compter les uns sur les autres. On se surveillait mutuellement. Une bonne manière d’éviter l’apparition d’ego surdimensionnés. D’autant qu’on n’avait aucune disposition. Si l’un d’entre nous se prenait pour le nombril du monde pendant une seconde, les cinq autres étaient là pour lui répondre : “Ferme-la, qu’est-ce que tu fabriques ?” ». L’aspect soudé de l’équipe a ainsi été utile pour surmonter les obstacles rencontrés en chemin, notamment l’addiction de Matthew Perry à la drogue et à l’alcool. Ces graves problèmes ont connu un pic lors des saisons 3 et 7. Dans la saison 3, cela se traduit par une silhouette et des poignets très minces, et lors de la septième saison, l’acteur double de volume d’un épisode à l’autre, et se révèle parfois franchement apathique, notamment dans l’épisode Celui qui récupérait le prix, où l’attitude comme les expressions du visage du comédien mettent mal à l’aise. Ces problèmes auraient peut-être fait « couler » la série si le groupe n’avait pas été si soudé.


La série est de surcroît assez osée. Les scénaristes s’amusent à prendre des risques, à sortir des choses purement conventionnelles, et on ne s’en plaint pas ! La mort, par exemple, qui est très présente dans la série, est souvent traitée de façon humoristique : Joey écoute en cachette un match à la radio à l’enterrement de la grand-mère de Ross et Monica, et est bientôt rejoint par pléthore d’autres invités, Chandler annonce dans un site internet d’anciens du lycée le décès de Ross (celui-ci est déçu… du peu de réactions que cette nouvelle suscite !), Rachel et Phoebe souhaitent quasiment la mort d’une voisine mourante, dont elles lorgnent l’appartement… Parmi les autres thèmes un peu osés, l’homosexualité, en particulier chez Chandler, thème récurrent, puisque tout le monde le croit homo – de ses collègues au voisin M. Heckles en passant par Joey – et parce que son père est travesti. L'amitié entre Joey et lui, tactile et passionnelle, frôle parfois l'homosexualité. Mais le sujet touche aussi les autres personnages, comme Ross, qui devient hystérique devant son ancien ami, interprété par Brad Pitt. Sans parler de l'épisode où Ross et Joey apprécient leurs petites siestes... Les filles ne sont pas en reste, se demandant avec laquelle elles aimeraient coucher. Et l’homosexualité peut parfois aussi être traitée de manière plus sérieuse, presque engagée, avec le mariage entre Carol et Susan. La sexualité d’une façon plus générale est très présente. Les personnages en parlent régulièrement, parfois là aussi de façon osée (Phoebe aurait couché avec un groupe de musique, Ross fantasme sur sa cousine…).

On notera en outre, preuve que la série peut plaire à un public de tous âges. Friends plaira en effet aux ados pour les gags, ainsi que les histoires d’amour et d’amitié. Mais la cible numéro un est le public du même âge que nos amis, c’est-à-dire globalement entre 20 et 30 ans (ce qu’on appelle les « adulescents »). Qui mieux que ce public peut davantage apprécier les problèmes que rencontrent les personnages ? L’identification est chez eux totale : ils apprécieront mieux que les adolescents les intrigues autour du travail et de la recherche d’emploi, ainsi que celles centrées sur la paternité et l’engagement dans une relation sérieuse. Mais le public susceptible d’apprécier cette sitcom ne s'arrête cependant pas à l'âge de la trentaine, bien au contraire : les personnes plus âgées (les « vrais » adultes) pourront également aimer l’entrain et l’humour de la série. Elles regarderont avec plaisir quelques épisodes, même s’il est probable que le visionnage sera de leur côté plus ponctuel.

[Toutes les citations sont extraites de Friends, Le livre officiel des dix ans, de David Wild]


16 août 2012

Chandler Bing


Chandler Muriel Bing est le comique de la bande. Il aime les jeux de mots, vannes et autres mots d’esprit, qui sont, comme il aime à le répéter, avant tout un moyen de défense. Chandler est donc un personnage plus angoissé qu’il n’y paraît. Il est en froid avec ses parents, qu’il s’agisse de sa mère, auteure à succès de romans érotiques, ou plus encore son père, « Charles-Helena », qui se travestit. Il a été profondément marqué par la rupture de ses parents lorsqu’il était enfant, en plein repas de Thanksgiving, ce qui explique pourquoi le personnage se montre aussi aigri à l’approche de cette fête. Ce mal-être familial a sans doute des répercussions sur sa vie amoureuse : notre homme, en plus de ne pas être un bon dragueur (ce qui ne l’empêche cependant pas de se trouver des compagnes, contrairement à ce qu’il a tendance à suggérer), a surtout un problème sur le plan de l’engagement, ce qui lui vaut d’enchaîner des histoires à très court terme, avec par exemple Nina, Aurora, Kathy, Jade ou Joanna. Pour ne rien arranger, notre homme est souvent perçu comme gay. De Joey (3.6) à Rachel (1.8) en passant par ses collègues de bureau (1.8), et le voisin un peu spécial M. Heckles (2.3), tout le monde se trompe à son sujet, ce qui occasionne de récurrentes et savoureuses répliques et situations. Au final, la seule fille avec laquelle il reste plusieurs épisodes dans les premières saisons est paradoxalement Janice, une fille hystérique et pas très maligne qui n’a pas franchement la cote auprès des Friends, et dont lui-même ne semble pas tellement amoureux. Heureusement, son histoire avec Monica, entamée à la fin de la quatrième saison, va épanouir notre Chandler : il va prendre confiance et mûrir, au point de se marier et d’adopter deux jumeaux avec sa dulcinée.

Chandler a donc pendant longtemps une certaine immaturité sur le plan de l’engagement amoureux, mais se révèle cependant très mûr au niveau du travail. Contrairement à son ami Joey, Chandler connaît très peu de réelles difficultés sur le plan professionnel. Il occupe déjà un emploi dès le début de la première saison, et même si personne ne sait vraiment en quoi celui-ci consiste (hormis le fait qu’il s’agisse d’un métier en rapport avec les chiffres et l’informatique), et même si le poste ne semble pas le passionner, sa vie professionnelle est un long fleuve tranquille. Il n’y a que dans la neuvième saison, lorsqu’il démissionne de son poste à Tulsa, qu’il rencontre des difficultés. Il change de cap et décide de travailler dans la publicité, en commençant par un stage non rémunéré où ne sont engagés à son terme qu’une minorité de stagiaires… Mais il finit par être engagé pour un poste de rédacteur junior, fonction plus en adéquation avec son profil, puisque le personnage, comme on l’apprend dans la doublette 6.15-6.16, a plus d’affinités avec l’écriture qu’avec les chiffres.

Chandler, on l’a vu, n’est pas tout à fait à son avantage avec les filles, mais il l’est en revanche bien plus sur le plan de l’amitié. Il est toujours attentif au bien-être de ses amis (même s'il ne se gêne pas pour gentiment les taquiner), en plus d’être de bon conseil. On pense à Ross, son ancien pote de fac, mais surtout à Joey, son colocataire pendant de nombreuses saisons. Son amitié avec ce dernier, tout en complicité, jeux débiles et « disputes de couple » (dont certaines en raison de leurs « enfants » : le canard et le poussin !) est sans nul doute la plus émouvante, drôle et marquante de la série. Chandler est toujours là pour dépanner financièrement son meilleur ami, ainsi que pour l’encourager dans sa voie – tout en modérant son enthousiasme si celui-ci s’enflamme un peu trop. On trouve notamment deux grands moments, particulièrement émouvants, concernant cette amitié : lorsque Joey part dans la deuxième saison habiter de son côté, on les voit tous les deux dépérir dans leur coin, avant qu’Eddy ne devienne le nouveau colocataire de Chandler. Celui-ci prenant conscience qu’Eddy est un peu maboule, Joey revient de façon jubilatoire : le duo de colocataires est reformé pour notre grand plaisir ! L’autre grand moment concerne Kathy, que Chandler pique à Joey. Celui-ci lui en veut terriblement, mais finit par lui pardonner après que Chandler accepte de réfléchir dans une caisse (!) à son erreur.

Chandler est quelqu’un de très intelligent. Il se montre même parfois rusé et manipulateur pour arriver à ses fins. Il manipule ainsi Phoebe pour que celle-ci choisisse son prénom pour le troisième enfant de Frank et Alice, et on se souvient de même de la dextérité avec laquelle il parvient à renverser la tendance en semant la zizanie lorsque l’attention est centrée sur son amour de la cigarette. Il décourage également habilement Monica lorsque celle-ci veut lui faire un cours de gym intensif.

Bref, Chandler est un personnage qui propose d’excellents moments, entre son inoubliable histoire d’amitié avec Joey, son émouvante idylle avec Monica et ses reparties cinglantes. Dommage tout de même qu'il se soit un peu ramolli dans les dernières saisons, ce qui s’explique à la fois par les problèmes de santé de l’acteur, mais surtout par le fait qu’il se soit « rangé » avec Monica, ce qui place également au second plan son fameux duo avec Joey. L’homme a un peu perdu de son mordant, mais il demeure toutefois l’un des personnages les plus attachants de la série.

 

Quelques-unes de ses meilleures répliques :

 

Chandler : Je ne vais pas l’appeler, je lui ai laissé un message, j’ai quand même ma fierté.

Monica : C’est vrai ?

Chandler : Non. (1.20)

 

Pour moi, le monde est un mariage lesbien permanent. (2.11)

 

Phoebe : Vous vous y connaissez en poulettes ?

Chandler : En volaille, non mais en filles… non plus. (3.21)

 

Chandler : Pourquoi êtes-vous là ?

Marjory : Je parle pendant mon sommeil.

Chandler : Quelle coïncidence, moi j’écoute pendant mon sommeil.(4.20)

 

Si j’étais un garçon… (10.5)

30 juillet 2012

3.14. Celui que les prothèses ne gênaient pas (The one with Phoebe's ex-partner)

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Phoebe a une concurrente au Central Perk, une chanteuse nommée Leslie dont le talent plaît davantage à nos Friends. En réalité cette fille est connue de Phoebe, elles étaient même meilleures amies par le passé, jusqu’à ce qu’elle trahisse Phoebe. Du coup, lorsque Leslie insiste pour reformer leur duo, Phoebe n’est pas très partante… Chandler rencontre dans les toilettes du Central Perk Ginger, une jolie demoiselle qui a deux particularités. D’une part, c’est une ex de Joey (avec laquelle il a été encore moins correct avec elle qu’il ne l’est d’habitude avec les filles, ce qui n’est pas peu dire), et surtout elle a une jambe de bois. Pour ne pas laisser Rachel seule entre les griffes de Mark, Ross décide de l’accompagner à une conférence sur la mode. Le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci ne passionne pas outre mesure notre paléontologue… Épisode sympa, sans vraiment plus. L’intrigue Phoebe se laisse regarder, sans enthousiasme particulier. Celle avec Ross est sympa, même si sa jalousie commence à devenir un tantinet répétitive. J’ai en revanche beaucoup apprécié celle avec Chandler et Ginger, à la fois absurde et teintée d’humour noir.

 

Phoebe : « Si j’avais chanté pour le fric, je serais multimillionnaire, à l’heure qu’il est. »

Posté par Nico Friends à 16:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Saison 5


Cette cinquième saison est une fort belle réussite, probablement la meilleure des dix. L’un de ses grands points forts repose sur le couple Chandler/Monica, qui apporte un peu de fraîcheur et de nouveauté à cette série qui reposait jusqu’ici beaucoup sur la relation Ross/Rachel, mais aussi de l’humour et de l’émotion. De l’humour, car notre nouveau couple décide de garder secrète leur relation. Cet ingrédient savoureux est particulièrement bien développé par les scénaristes : il est à l’origine de situations bien cocasses, comme le pauvre Joey, premier à être au courant, qui doit couvrir nos deux tourtereaux, quitte à passer pour un « gros dégoûtant ». On comprend aisément que le meilleur ami de Chandler insiste tant pour révéler au grand jour cette relation !

Mais cette histoire d’amour apporte également son lot de passages émouvants. Il ne faut d’abord pas oublier que Chandler et Monica étaient jusqu’alors abonnés aux histoires malheureuses. Chandler, si l’on excepte l’exaspérante Janice (et encore), n’avait jusqu’ici pas eu de relation vraiment sérieuse : il était plutôt habitué à des histoires éphémères comme avec Jade, Joanna, Nina ou encore Aurora. Situation un peu plus complexe pour Monica, qui avait elle aussi collectionné les déceptions amoureuses lors de la première saison, mais avait eu de vraies relations avec Richard, et à un degré moindre Pete. Son histoire avec le moustachu l’avait profondément marquée – on se souvient qu’elle avait rompu à contrecœur parce qu’il ne voulait pas d’autres enfants, et qu’elle avait eu bien du mal à vivre cette rupture. C’est donc peut-être parce qu’elle réunit deux « malheureux en amour » que cette relation nous touche tant. Cette saison marque ainsi le début d’une relation, et fait prendre conscience au spectateur que l’histoire qui est en train de se former, loin de se limiter à une simple aventure, peut devenir sérieuse. Nos deux personnages apprennent au fil de la saison à accepter les défauts de l’autre. Chandler résiste notamment aux horribles massages de sa compagne, et Monica accepte leurs points de vue divergents sur le plan de l’engagement (il est vrai qu’il est difficile de trouver plus opposés que ces deux-là !). Chandler parvient également à se faire pardonner ses maladresses (à l’hôpital par exemple), et notre couple résiste en outre à un week-end qui se déroule moins bien que prévu ! Du solide, donc, d’autant que nos deux personnages finissent par se déclarer leur amour, et même à penser au mariage…

Sentimentalement, quid de nos autres Friends ? Joey est globalement fidèle à lui-même, même s’il est un (court) temps jaloux de la relation Chandler-Monica. Mais rassurons-nous, le sentimentalisme de Joey est de courte durée ! Après un inspecteur de l’hygiène, Phoebe rencontre un flic, pour ce qui restera l’une de ses seules rencontres marquantes (avec David, le scientifique, et évidemment Mike), même si elle ne dure à l'arrivée que quelques épisodes. Phoebe va même jusqu'à habiter avec lui, mais cette situation ne dure qu'un temps-éclair, puisque Gary commet très vite l’irréparable. Fort dommage, d’ailleurs, que ce personnage ne dure pas plus longtemps, il m’inspirait davantage de sympathie que la plupart des autres flirts de Phoebe, qui sont il faut le dire le plus souvent peu consistants. Pas grand-chose chez Rachel et Ross (si ce n’est bien sûr les rapports plus que compliqués de celui-ci avec la despotique Emily, puis le divorce). Rachel sort brièvement avec Danny, et Ross plus brièvement encore avec une jeune femme, mais son pantalon en cuir abrège le flirt… Pas grand-chose à dire à leur sujet, donc, si ce n’est bien entendu le surprenant cliffhanger du dernier épisode, qui nous met l’eau à la bouche…

Sur le plan professionnel, on trouve quelques changements. Ross, notamment. Jusqu’ici sa vie dans ce domaine était un long fleuve tranquille, mais, mis sous tension par l’affaire Emily, il pète les plombs pour une simple histoire de sandwich : il est invité à consulter un psy et à arrêter temporairement le travail. Rachel passe, elle, de Bloomingdale’s à Ralph Lauren, où elle se sent parfois à l’écart, n’ayant pas l’ancienne mauvaise habitude de Chandler… Et au niveau ni sentimental ni professionnel, on notera en particulier le déménagement de notre ami Ross, devenu nouveau voisin des meilleurs colocataires du monde puisqu’il habite désormais l’appartement du fameux « Gros-Tout-Nu ». Il se souviendra longtemps de ce déménagement, autant pour la façon cocasse dont il s’est mis dans la poche ce dernier, que pour ses premiers moments dans l’appartement. Prononcez devant lui le nom de « Howard », il risquera, encore aujourd’hui, de faire de l’urticaire… Phoebe de son côté accouche de ses trois enfants (un garçon et deux filles, soit une fille de plus que ce qui était prévu : le petit « Chandler » étant en effet une fille). Ses amis, qui ont souffert de ses mémorables sautes d’humeur pendant la grossesse, peuvent enfin souffler.

C’est donc une très belle saison. Hormis l’apport du couple Chandler/Monica que j’ai développé plus haut, cette saison offre de fort bons moments, parmi lesquels ce premier épisode londonien, bien dans l’esprit des deux derniers de la quatrième saison, qui se situe donc juste après le fameux lapsus de Ross. On note également le terrible marché que fait passer Emily à Ross : cette dernière accepte de vivre avec lui à New York s’il s’engage à ne plus voir Rachel… Ce sont des passages durs et graves, durant lesquels on souffre pour Ross. Mais on trouve également beaucoup de passages drôlissimes : le magnifique épisode flash-back où l’on voit nos Friends quelques années auparavant, mais aussi le sandwich de Joey (dans la voiture de Gary), Ross draguant la livreuse de pizzas, Phoebe « jouant » avec Chandler (ayant appris sa relation avec Monica), le nouveau film super-géant dans lequel va jouer Joey, qui est à l’origine d’une dispute comme on les aime entre celui-ci et Chandler… Sans parler de ce remarquable double épisode à Las Vegas, comparable, en termes d’entrain et de qualité, à la doublette londonienne de la saison passée. On apprécie également que les acteurs s’approprient de plus en plus leurs personnages : Joey philosophe sur son métier, Monica fayote un max (auprès de l’ophtalmo et de son prof de littérature), ou encore Ross, particulièrement expressif dans certains épisodes. 

Beaucoup, beaucoup d’excellents passages, donc, dans cette saison, même si, comme toutes les autres, elle est quelque peu irrégulière. Certaines intrigues emportent moins, et font même presque bouche-trou : ainsi en est-il des rapports Rachel/Danny (« la balle est dans mon camp », etc.), qui n’offrent que peu d’intérêt, du moins jusqu’à l’arrivée de « la sœur un peu spéciale ». Pour rester à Rachel, l’intrigue cigarette à son boulot n’est de même pas particulièrement prenante. On ajoutera également les auditions de Joey (avec le sac, puis en concurrence avec Ben), le rire différent de Chandler, les retrouvailles de Phoebe avec son père… Mais ce qui m’a le plus agacé dans cette saison est le fait que Ross s’en prenne plein la poire : cela commence par sa coiffure, puis son licenciement temporaire, l’épisode lourdingue car tellement « Mr Beanien » du pantalon en cuir, et il va même jusqu’à sortir avec Janice ! (je n’évoque pas la drague de la livreuse de pizzas, car cet épisode m’a beaucoup amusé)... Ross, personnage que j’adore, n’est vraiment pas à son avantage lors d’une grande partie de cette saison, et cette « persécution » m’a un peu agacé. Laissez-le un peu tranquille, bon sang ! Cela dit, ces points faibles n’enlèvent rien au fait que cette saison reste pleine d’entrain et de bonnes trouvailles, et se révèle probablement la plus régulière et enthousiasmante de l’ensemble de la série.

 

Meilleurs épisodes (par ordre chronologique) :

Celui qui avait dit Rachel (5.1)

Celui qui accepte l'inacceptable (5.4)

Celui qui rate son week-end (5.5)

Celui qui avait des souvenirs difficiles à avaler (5.8)

Celui qui découvre tout (5.14)

Celui qui enviait ses amis (5.16)

Celui qui ne savait pas flirter (5.19)

Celui qui sauvait des vies (5.20)

Celui qui devait casser la baraque (5.22)

Celui qui était à Las Vegas 1 et 2 (5.23 et 5.24)

29 juillet 2012

6.6. Ceux qui passaient leur dernière nuit (The one the last night)


Joey, sans Chandler, va devoir assumer le loyer tout seul. Celui-ci essaie par tous les moyens de lui refiler de l’argent. Comme Rachel n’a pas fait ses valises, elle demande à Monica et Phoebe de l’aider. Phoebe, pour atténuer l’atmosphère triste et mélancolique, demande à chacune ce qu’elles ne vont pas regretter chez l’autre. Erreur : cela se transforme vite en règlement de comptes… Très bon épisode, comme on les aime. Les stratagèmes de Chandler (la partie de babyfoot, le jeu du gobelet) sont fort drôles, et côté filles, les « missiles » qu’elles se balancent sont également tordants. Mais l’épisode n’est pas seulement drôle, il est aussi très émouvant. Les deux duos Rachel-Monica et Joey-Chandler vont se manquer l’un à l’autre, c’est évident – même s’ils ne vont pas à l’autre bout du monde, tout de même, il ne faut pas exagérer. Et voir la chambre de Rachel vide en fin d’épisode fait tout de même un sacré effet. Bref, c’est un fort bon épisode – le premier des dix épisodes de la série à être dirigé par David Schwimmer – où les répliques fusent, et mêlant habilement humour et émotion.

À noter une légère incohérence dans cet épisode : Rachel dit que les seules personnes que Monica a au téléphone sont Chandler et sa maman. Pourtant, Monica n’est pas connue pour être franchement proche de sa mère…

Joey à Chandler : « C’est ta dernière soirée ici, et je perds les deux plus importantes choses de ma vie : ce superbe baby-foot… et les 500 dollars que je te dois. »