01 décembre 2012

Friends : les raisons d'un succès


Qui diable, alors que commençait la première saison de Friends en 1994, pouvait deviner que la série durerait dix ans, deviendrait la sitcom la plus connue et reconnue de l’histoire, et que les acteurs seraient payés lors des ultimes saisons plus d’un million de dollars par épisode ? Le pitch de départ n’avait pourtant en soi rien de folichon : le quotidien de six jeunes adultes new-yorkais, passant la majorité de leur temps à buller au bistrot du coin. D’autant que les débuts n’étaient pas franchement fracassants : les tests d’audience du pilote (premier épisode) n’étaient pas favorables, avec une performance faible (41%). On était bien loin du 91% du premier épisode de la série Urgences ! Alors, comment expliquer qu’une série a priori banale ait pu devenir un phénomène de société ? Tentatives de réponses.

Première originalité de la série : elle ne repose pas sur un personnage en particulier, mais sur la bande des six. Parmi ces personnages principaux, aucun n’est plus important que les autres. La star, c’est l’équipe, comme diraient les footballeurs. Sauf que dans le cas de la sitcom, ce n’est pas de la langue de bois mais la pure vérité ! Les personnages sont en outre particulièrement réussis. Caricaturaux jusque ce qu’il faut, leurs caractéristiques sont bien mises en évidence, ce qui les rend particulièrement attachants. Joey l’acteur raté, séducteur et benêt, Ross, le prof pédant, timide et romantique, Monica, la « maman du groupe », qui rêve d’enfants et a la manie du rangement, Phoebe la foldingue, Chandler, qui dissimule ses angoisses derrière une façade de comique de service... Seule Rachel semble un peu moins réussie que les autres : si l’on excepte son amour pour Ross, rien ne la caractérise réellement. Ses traits de caractère (son côté fille à papa, sa maladresse) sont plus secondaires, moins mis en valeur. Quoi qu’il en soit, les auteurs ont eu la bonne idée de faire des personnages des M. Tout le monde, qui n’ont vraiment rien de superhéros. On a en effet affaire à des personnages tout sauf parfaits, et tous différents, ce qui les rend d’autant plus attachants, et nous permet de nous identifier plus encore à eux. « Fondamentalement, ce sont des gens charmants qu’on est contents de voir, explique Perry. Tous les groupes ont un Ross ou un Chandler parmi eux ». Et puis – qualité que l’on trouve également dans la saga Harry Potteron apprécie de voir évoluer nos six héros. Dix ans, ça change une vie ! À part Joey, qui reste globalement le même du début à la fin, voire peut-être Phoebe, nos personnages changent, évoluent, mûrissent. Rachel la pourrie-gâtée pas très dégourdie prend son envol sur le plan professionnel, Chandler le phobique de l’engagement s’épanouit avec Monica, jusqu’à se marier et adopter des enfants, Ross le cérébral devient un peu foufou et imprévisible, et Monica la malchanceuse réussit dans tous les domaines (sentimental comme professionnel). Outre le renouvellement que cela apporte, les voir mûrir et s’épanouir est fortement réconfortant. Et les acteurs sont talentueux, en particulier David Schwimmer et Courteney Cox. Le niveau global est très élevé, si l’on excepte peut-être (du moins à mes yeux) Lisa Kudrow, dont le jeu est moins subtil et moins élaboré. Et pour ne rien gâter, ils sont tous séduisants, avec une mention spéciale pour Jennifer Aniston, sublime dans certaines saisons (la 2 et la 10, notamment). Quant aux personnages « satellites », qui gravitent autour de nos Friends, ils contribuent également à la qualité de la série : les parents Geller, le père Green, Janice, Gunther… Leurs apparitions sont toujours pertinentes, et leurs personnages habilement interprétés.


Les stars ont aussi apporté leur contribution au succès. Quelle autre série télé peut se targuer d’avoir compté parmi ses « guests » Bruce Willis, George Clooney, Julia Roberts, Robin Williams, Brad Pitt, Jeff Goldblum, Gary Oldman, Danny DeVito et Sean Penn, pour ne citer qu’eux ? Même s’ils ne font pas forcément un passage aussi remarqué que Bruce Willis, qui restera le mieux utilisé (Sean Penn n’aura par exemple pas marqué la série, et beaucoup d’autres ne font qu’une apparition-éclair), c’est un ingrédient de plus qui donne envie de regarder la série. Pas forcément le plus important, mais tout de même non négligeable : savoir que l’épisode du jour compte parmi ses invités telle ou telle célébrité peut apporter le petit plus qui va susciter la curiosité, non du fan (qui n’en a pas besoin), mais du spectateur plus ponctuel.


Outre les six personnages en eux-mêmes, une clé de la réussite de la série repose sur les relations qu’ils ont entre eux, qu’elles soient amicales ou amoureuses. Sur le plan sentimental, on pense évidemment à la relation entre Ross et Rachel, qui nous passionne, en particulier au cours des premières saisons. Les tentatives de drague de Ross pendant la première saison, le premier baiser lors de la deuxième et la fameuse rupture dans la troisième auront passionné et ému au plus haut point des millions de spectateurs. Cette histoire aura proposé bon nombre des meilleurs passages de la série. Et, même si elle s’essouffle un peu au cours des dernières saisons (en raison du couple Chandler-Monica, qui prend le pas sur elle), cette relation continue, même en pointillés, à nous captiver : il suffit de penser au mariage à Vegas, à la conception de la petite Emma (ah, l’épisode de la vidéo) ou encore au « retour » de nos tourtereaux dans le dernier épisode ! L’autre relation amoureuse est celle de Chandler et Monica. Contrairement à celle de Ross et Rachel, rien ou presque ne vient annoncer leur histoire, qui survient ainsi alors que personne ne s’y attend. Ce qui ne l’empêche pas de drôlement bien marcher, peut-être en partie parce qu’elle réunit deux malheureux en amour. Leur relation apporte un sérieux coup de fouet à la série, étant à l’origine de passages émouvants, mais aussi hilarants (par exemple lorsqu’ils cachent leur relation aux autres amis), même si elle s’essouffle quelque peu entre les saisons 7 et 9.

Et puis il y a l’amitié. La relation la plus marquante de ce type est celle qui unit Joey et Chandler, une grande réussite du genre. Leur relation, tout en petites (ou parfois grandes : cf. l’affaire Kathy) disputes, mais surtout en complicité voire en « délires » (le poussin et le canard, les jeux débiles auxquels ils jouent, les films porno…), est la plus drôle et la plus émouvante de la série. Elle écrase toutes les autres, même la seconde plus importante, entre Monica et Rachel. Un réel bonheur.


L'aspect humain qui se dégage de ces relations, en particulier amicales, apporte une dimension « consolante » à la série. Dans un monde où l’individualisme et la solitude prévalent, rien de tel qu’une vie chaleureuse comme celle qui nous est ici proposée. Malgré quelques savoureux désaccords (qui font aussi le charme de la colocation), la série dresse un portrait très positif de la vie en communauté – une sorte de refuge, qui contraste ici fortement avec la famille, souvent traitée de façon négative (les personnages ont souvent un rapport compliqué avec la leur, en particulier Chandler et Phoebe, mais également Monica et Rachel). Ainsi, alors que la famille est considérée comme « subie », l’amitié est « choisie », et autrement épanouissante. Cet aspect « solidaire » est présent jusqu’aux paroles de la chanson du générique (« I’ll be there for you, cause you’re there for me too »), et a grandement contribué au succès de la série. Un succès qui précède d’ailleurs d’autres réussites « consolantes » comme les films Bienvenue chez les Ch’tis ou Intouchables, ainsi que certains romans (ceux de Gavalda, par exemple), où le spectateur/lecteur éprouve manifestement une réelle satisfaction à voir des gens partager bonheurs et peines, et à s’accepter malgré leurs défauts et leurs différences. « Je crois que le succès de Friends ne tient pas seulement au fait que c’est drôle, mais au fait que ces personnages ont vraiment du cœur – ils s’aiment et ils ont besoin les uns des autres, comme une famille. C’est un spectacle bourré d’amour », témoigne Schwimmer.

L’autre aspect consolant de la série repose sur sa dimension distrayante : elle permet de se vider la tête et d’oublier ses soucis quotidiens. « C’est géant, tu vois ce que je veux dire ? explique Schwimmer. Savoir que tu influences et peut-être même que tu améliores l’existence de tant de gens que tu ne connaîtras jamais. C’est le côté le plus positif – aider les gens à vivre» Une mention spéciale pour les États-Unis, traumatisés par les événements du 11-Septembre, survenus lors de la huitième saison. Comme le dit Jennifer Aniston : « Quelque chose de particulier s’est déclenché après le 11-Septembre. C’était difficile de recommencer à travailler et faire une sitcom quand le monde partait en miettes […] Pouvions-nous oser reprendre le travail ? […] Puis petit à petit, dans le premier épisode que nous avons joué, il y avait une telle énergie dans le public, j’ai compris que les gens avaient désespérément besoin de cette détente. Et les rires étaient plus forts que jamais. Comme s’ils canalisaient leurs larmes dans des rires homériques. La série offrait des petites poches de consolation. Les gens venaient me voir après le 11-Septembre, ici et à New York, pour me remercier de leur avoir permis de s’échapper une demi-heure. » Même son de cloche chez Marta Kauffman : « Je crois que Friends était de la consolation en images […] Nous faisons de la comédie et je crois que les gens avaient davantage envie de rire que de revoir à l’infini les images des Tours en train de s’écrouler. Au bout d’un moment, les gens étaient prêts à rire, ils en avaient besoin. »


Friends est, chose évidente, une sitcom (situation comedy) : elle repose donc beaucoup sur l’humour, que l’on trouve à tous les étages. Autant dans l’aspect imparfait des personnages (les déboires de Ross en matière de drague, le côté benêt de Joey, la maniaquerie de Monica…) que dans les répliques et reparties, qui fusent régulièrement, et dont Chandler est le spécialiste. On trouve également le comique de situation (par exemple, Chandler coincé dans les toilettes en porte-jarretelles dans Celui qui retrouve son singe…), les nombreux quiproquos et le comique de répétition, toujours efficace, qui permet de créer une complicité avec le spectateur. Les éléments humoristiques récurrents ne manquent pas : le Gros-Tout-Nu, l’amour de Gunther pour Rachel, le fameux « on avait rompu » de Ross, ses mariages ratés, le « ça va, vous ? » de Joey, Janice…

L’une des autres principales réussites de la série est d’avoir su combiner l’humour avec l’émotion. Celui-ci, même si omniprésent et souvent très efficace, n’aurait probablement pas suffi à rendre la série aussi marquante et inoubliable. L’émotion apporte donc l’ingrédient qui fait la différence, que l’on retrouve aussi bien dans les histoires d’amour (Ross-Rachel, Chandler-Monica) que dans les histoires d’amitié (Rachel-Monica et plus encore Joey-Chandler). « Si la série marche, c’est parce qu’on s’intéresse à ces gens, explique David Crane. Ça marcherait moins bien si c’était moins drôle, mais on ne regarderait pas autant la saison neuf ou dix si on n’était pas aussi accros aux personnages. Nous, nous passons notre temps à osciller, pour trouver le bon équilibre entre l’émotion et la franche rigolade ». En témoigne la dispute entre Ross et Rachel, après que celui-ci a couché avec Chloe. La dispute elle-même est sérieuse, émouvante, voire dramatique, tandis que les réactions des quatre autres amis, planqués dans la chambre d’à côté, permettent de dédramatiser et d’ajouter de l’humour. L’une des scènes les plus réussies et symboliques de Friends ! L’extrait de la vidéo dans « Celui qui a failli aller au bal » l’est tout autant : voir nos Friends plusieurs années auparavant est hilarant, mais la déception du jeune Ross nous émeut, tout autant que le baiser de Rachel à la suite du visionnage.

Une autre clé repose sur la structure des épisodes. Le fait qu’il y ait tant de personnages principaux permet aux scénaristes de créer trois histoires dans chaque épisode. Cela permet d’apporter quelque chose de relativement inédit, ainsi que davantage de rythme et d’entrain. Comme le dit Kevin Bright : « Marta [Kauffman] et David [Crane] ont établi cette allure afin de pouvoir servir les six personnages équitablement. Traditionnellement, la plupart des sitcoms ont une histoire A et une histoire B, mais avec Friends on a ajouté une histoire C. Ce qui change tout. Pour avoir trois histoires, il faut bien accélérer la narration. En passant rapidement et souvent d’une histoire à l’autre, on a créé un rythme dans le montage qui rend Friends unique. »


Cette structure en trois histoires se retrouve dans la grande majorité des épisodes, mais les scénaristes ont également eu la bonne idée de renouveler l’intérêt avec quelque chose de totalement différent, comme des épisodes centrés sur une seule « intrigue », par exemple Celui qui a du mal à se préparer et Celui pour qui le foot c’est pas le pied. Le premier se déroule en temps réel et dans une seule pièce (le salon des filles), ce qui lui confère des airs de pièce de théâtre. Le second est centré sur des parties de football américain. Rien de captivant a priori ? Tout le talent des scénaristes consiste à nous distraire avec si peu, tout en nous permettant de changer un peu des épisodes « classiques ». Autre originalité de certains épisodes : les flashbacks. Cela commence en douceur (mais aussi en force !) avec Celui qui a failli aller au bal, où l’on ne voit qu’un extrait de vidéo ancienne. Même si ce passage est court, il aura marqué les esprits : ce n’est pas pour rien que cet épisode est souvent cité par les fans parmi les meilleurs épisodes de toute la série. Il faut dire que voir l’ancien nez de Rachel, l’ancien poids de Monica et le look ringard au possible de Ross est un pur régal ! Cela se poursuit avec l’inoubliable Celui qui se souvient, où l’on voit entre autres la première rencontre entre Joey et Monica, et la façon dont ce dernier et Chandler sont devenus colocataires. Inoubliable ! On citera également Celui qui a des souvenirs difficiles à avaler, lui aussi excellent. Et on trouve en outre, parmi les épisodes différents, les « doublettes », là encore une excellente idée. Ils viennent à partir de la quatrième saison clore la saison, et sont pour la plupart de petites merveilles. On citera notamment les épisodes se déroulant à Londres et à Las Vegas. Mais on pourrait en outre citer l’ultime épisode, qui tient toutes ses promesses, ou encore Celui qui retrouve son singe. Des modèles du genre !

Une autre raison du succès de la longévité de cette série, c’est le plan humain. L’équipe, qu’il s’agisse des scénaristes ou des comédiens, a, aux dires de ces derniers, toujours été soudée. Aniston en témoigne : « Si, dès le début, nous ne nous étions pas autant aimés, nous aurions sans doute facilement lâché prise […] Notre premier réalisateur [...] a dit : “Restez ensemble, agissez comme un groupe.”  Et on lui a obéi à la lettre. On a suivi son conseil. On a construit là-dessus, sur cette pensée fondamentale. » Perry, pour lequel l’humilité semble avoir été prépondérante pour l’harmonie du groupe et donc le succès de la série, ne dit pas autre chose : « Pour nous six, [notre vie] a changé exactement de la même façon, alors on pouvait vraiment compter les uns sur les autres. On se surveillait mutuellement. Une bonne manière d’éviter l’apparition d’ego surdimensionnés. D’autant qu’on n’avait aucune disposition. Si l’un d’entre nous se prenait pour le nombril du monde pendant une seconde, les cinq autres étaient là pour lui répondre : “Ferme-la, qu’est-ce que tu fabriques ?” ». L’aspect soudé de l’équipe a ainsi été utile pour surmonter les obstacles rencontrés en chemin, notamment l’addiction de Matthew Perry à la drogue et à l’alcool. Ces graves problèmes ont connu un pic lors des saisons 3 et 7. Dans la saison 3, cela se traduit par une silhouette et des poignets très minces, et lors de la septième saison, l’acteur double de volume d’un épisode à l’autre, et se révèle parfois franchement apathique, notamment dans l’épisode Celui qui récupérait le prix, où l’attitude comme les expressions du visage du comédien mettent mal à l’aise. Ces problèmes auraient peut-être fait « couler » la série si le groupe n’avait pas été si soudé.


La série est de surcroît assez osée. Les scénaristes s’amusent à prendre des risques, à sortir des choses purement conventionnelles, et on ne s’en plaint pas ! La mort, par exemple, qui est très présente dans la série, est souvent traitée de façon humoristique : Joey écoute en cachette un match à la radio à l’enterrement de la grand-mère de Ross et Monica, et est bientôt rejoint par pléthore d’autres invités, Chandler annonce dans un site internet d’anciens du lycée le décès de Ross (celui-ci est déçu… du peu de réactions que cette nouvelle suscite !), Rachel et Phoebe souhaitent quasiment la mort d’une voisine mourante, dont elles lorgnent l’appartement… Parmi les autres thèmes un peu osés, l’homosexualité, en particulier chez Chandler, thème récurrent, puisque tout le monde le croit homo – de ses collègues au voisin M. Heckles en passant par Joey – et parce que son père est travesti. L'amitié entre Joey et lui, tactile et passionnelle, frôle parfois l'homosexualité. Mais le sujet touche aussi les autres personnages, comme Ross, qui devient hystérique devant son ancien ami, interprété par Brad Pitt. Sans parler de l'épisode où Ross et Joey apprécient leurs petites siestes... Les filles ne sont pas en reste, se demandant avec laquelle elles aimeraient coucher. Et l’homosexualité peut parfois aussi être traitée de manière plus sérieuse, presque engagée, avec le mariage entre Carol et Susan. La sexualité d’une façon plus générale est très présente. Les personnages en parlent régulièrement, parfois là aussi de façon osée (Phoebe aurait couché avec un groupe de musique, Ross fantasme sur sa cousine…).

On notera en outre, preuve que la série peut plaire à un public de tous âges. Friends plaira en effet aux ados pour les gags, ainsi que les histoires d’amour et d’amitié. Mais la cible numéro un est le public du même âge que nos amis, c’est-à-dire globalement entre 20 et 30 ans (ce qu’on appelle les « adulescents »). Qui mieux que ce public peut davantage apprécier les problèmes que rencontrent les personnages ? L’identification est chez eux totale : ils apprécieront mieux que les adolescents les intrigues autour du travail et de la recherche d’emploi, ainsi que celles centrées sur la paternité et l’engagement dans une relation sérieuse. Mais le public susceptible d’apprécier cette sitcom ne s'arrête cependant pas à l'âge de la trentaine, bien au contraire : les personnes plus âgées (les « vrais » adultes) pourront également aimer l’entrain et l’humour de la série. Elles regarderont avec plaisir quelques épisodes, même s’il est probable que le visionnage sera de leur côté plus ponctuel.

[Toutes les citations sont extraites de Friends, Le livre officiel des dix ans, de David Wild]


17 août 2012

Ross Geller

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Ross Geller est un personnage complexe, peut-être le plus élaboré des six Friends. C’est également le plus « adulte », puisqu’il est dès la première saison marié (puis divorcé), père (du petit Ben), et paléontologue dans un musée. Mais il n’en demeure pas moins d’une grande timidité, surtout avec Rachel, qu’il aime profondément : il passe toute la première saison à essayer de lui déclarer sa flamme, et il faut seulement une grosse bourde de Chandler pour que celle-ci comprenne les sentiments que le paléontologue éprouve à son égard. La suite est connue : il sort avec Rachel lors de la deuxième saison pour rompre la suivante, suite à l’affaire de la « rupture » et de sa tromperie avec Chloe, la fille de la photocopieuse. Il se marie ensuite très brièvement avec Emily (mais se trompe de prénom au moment fatidique, appelant Emily « Rachel »), et connaît pour le reste des histoires sentimentales qui ne le marquent pas réellement, avec la jeune Elizabeth, puis Mona, Charlie et quelques autres femmes. Mais il reste au fond obnubilé par Rachel, avec laquelle il vit une relation en pointillés tout au long de la série. Il se remet très brièvement avec elle lorsqu’ils sont au bord de la mer, et entre des chamailleries, provocations et rapprochements va, « sur des malentendus », l’épouser et lui faire un enfant (la petite Emma), avant, dans l’ultime épisode, de se remettre avec elle.

Sur le plan professionnel, Ross ne connaît pas de réel problème : il travaille dès le départ dans un musée, pour devenir par la suite professeur d’université et être finalement titularisé. Un chemin linéaire, si l’on excepte les congés sabbatiques qui lui sont imposés, dus à son humeur exécrable, à la suite de son second échec marital avec Emily. Ross est passionné par ce qu’il fait. C’est non sans une certaine fierté qu’il rappelle son statut de docteur, et ce ne sont pas ses parents, qui l’adulent (au grand dam de Monica), qui vont le contredire. Ross a un esprit scientifique très développé : il est méticuleux, structuré, parfois pédant et professoral (un côté qui barbe particulièrement ses amis) et plutôt sérieux, raison pour laquelle la brève cohabitation avec Chandler et Joey ne se révèle pas une franche réussite. Amateur de films ukrainiens, d’expos et de pièces de théâtre, c’est clairement le personnage le plus cultivé et le plus cérébral de la bande, mais il a également un côté artiste, puisqu’il renoue avec plaisir avec son « son », un instrument un peu fantaisiste qui lui permet de produire une musique pour le moins... personnelle.

Ross se démarque également par un réel manque de confiance en lui : il fait souvent son cinéma pour impressionner les autres, ce qui marche rarement (rappelez-vous « Ross le rouge », ou encore le mémorable discours de grand frère qu’il adresse à Chandler). Il se démarque en outre, comme nous l’avons dit, par son manque d’aisance évident avec la gent féminine. Il se débrouille toujours malgré lui pour que sa drague ne soit pas prise comme telle par la femme convoitée. En plus de toute la première saison avec Rachel, rappelez-vous le savoureux épisode où Ross essaie de draguer la livreuse de pizzas (son entraînement avec Phoebe, dans le même épisode, n’est pas mal non plus). Ross est donc en quelque sorte sur ce plan un anti-Joey. Ross s’oppose aussi à ce dernier dans sa conception des relations avec les femmes. Si Joey collectionne les conquêtes en n’étant, disons, pas toujours correct avec elles, Ross privilégie les relations sérieuses et se montre bien plus romantique, sentimental et attentionné. Il est donc fort dommage pour lui qu'il ne sache pas se mettre davantage en valeur, d'autant que, si l’on en croit Rachel, notre paléontologue est « doué pour la chose », en plus de bien embrasser (Joey peut d’ailleurs confirmer ce dernier point).

Le personnage de Ross a beaucoup évolué. S’il est au départ seulement dépressif, timide et amoureux transi de Rachel, il change par la suite. Son apport n’est en effet pas le même durant les dernières saisons qu’au cours des premières. Ross est au début davantage présent sur un plan sentimental (sa relation avec Rachel), mais est à partir de la saison 5 plus utilisé d'un point de vue humoristique. Sa relation avec Rachel étant passée dans l’ombre du couple Monica-Chandler, et ce dernier étant lui-même devenu moins drôle et plus rangé avec Monica, Ross l’a en quelque sorte remplacé dans le rôle du guignol de service. À l’exception que Ross l’est de façon involontaire, puisque le malheureux se retrouve toujours dans des situations impossibles, avec un pic dans la saison 5. Pensez donc, entre autres, au pantalon en cuir, au bronzage, à « Howard », aux dents blanches…De plus, l'homme purement rationnel qu'il était au début de la série est devenu peu à peu foufou et imprévisible, voire parfois hystérique. Les nombreuses références à la fameuse « rupture » ainsi qu’à son triple divorce (avec Carol, Emily et Rachel) sont également sources de beaucoup de répliques drôles et percutantes.

Ross est toujours prêt à se sacrifier pour ses amis, notamment Rachel. Il passe par exemple une soirée avec elle pour lui tenir compagnie alors qu’il avait prévu de passer dans une émission télé. Mais il se montre également altruiste avec les autres, comme son ex-femme Carol, qu’il incite presque à contrecœur à maintenir son mariage avec Susan, qu’il déteste pourtant copieusement. Il est en outre prêt à quitter le groupe pour Emily !

Mais Ross a aussi des défauts, parmi lesquels son côté pingre : il reste jusqu’à la dernière seconde dans une chambre d’hôtel et y prend tout ce qui est légal (savons, etc.) pour rentabiliser le coût, rechigne à payer 50 dollars dans l’épisode 5.11 et à jouer à la loterie (9.18), offre initialement des mini-cookies au Gros-Tout-Nu pour se le mettre dans la poche (lorsqu’il convoite son appartement), ne veut pas payer la livraison du canapé…

C’est également quelqu’un de très jaloux, notamment avec ceux qui gravitent autour de Rachel. En particulier envers Paolo (et le fait que Rachel lui dise que c’était avec l’Italien « sexuellement animal » n’arrange pas vraiment les choses), mais aussi avec Tommy (Ben Stiller), et plus encore avec Mark, l’homme qui a « pistonné » Rachel pour une place chez Bloomingdale’s.

On le voit finalement assez peu en tant que père, puisque son fils Ben est gardé le plus souvent par son ex-femme Carol et Susan. On le voit tout de même un peu plus avec Emma, sa fille, mais celle-ci est quelque peu accaparée par Rachel.

Ross s’entend plutôt bien avec sa famille. Avec ses parents en particulier, qui le considèrent comme une « merveille de la médecine ». Il a cependant à leur égard un comportement parfois puéril (on se souvient de son « j’vais l’dire à maman », et du fait qu’ils sont toujours persuadés, lors de la sixième saison, que c’est Chandler qui avait pris à l’époque de la fac de la marijuana et non lui, puisqu’il n’a jamais osé le leur avouer). Il s’entend également bien entendu avec sa sœur Monica, avec laquelle il entretient de très bonnes relations (si l’on excepte tout de même quelques petites chamailleries, notamment dans la saison 3). Ross est un personnage très attachant. Son histoire d’amour avec Rachel est captivante (surtout lors des premières saisons), et le personnage est drôle, même s’il se retrouve parfois dans des situations ridicules et un peu lourdingues (le pantalon en cuir), surtout dans la saison 5, où les scénaristes semblent s’être acharnés sur lui. On peut également regretter son côté parfois hystérique, comme dans l'épisode 10.2 (« I’m fine »). David Schwimmer est quoi qu'il en soit un excellent comédien, probablement le meilleur des six. Il est particulièrement expressif : songez aux expressions qu’il prend lors de ses dialogues intérieurs (lorsqu’il voit Rachel nue dans son appartement dans l’épisode « Vegas » ou pendant son tête-à-tête avec sa cousine). Pensez également à ses mimes lorsqu’il prend son nouvel appartement (le requin, le robot…). Et puis il y a sa façon d’attendre un court instant avant de sortir une réplique. Cela donne une originalité à son jeu. On notera en outre que Schwimmer n’est pas seulement acteur : il est également réalisateur. Il s’est occupé de dix épisodes, dont la grande majorité sont très réussis, en particulier Ceux qui passaient leur dernière nuit (6.6), Celui qui apprenait la vérité à propos de Londres (7.16), Celui qui avait un sweat rouge (8.2), Celui qui engageait une strip-teaseuse (8.8) et Celui qui rencontrait la mère biologique (10.9).

 

Ce que les scénaristes auraient pu améliorer chez lui : sa relation avec Chandler. Ross et ce dernier étaient en effet amis de jeunesse (à l’époque de la fac), et cela ne se ressent pas tellement (hormis dans les épisodes flashbacks). On ne sent pas réellement de complicité entre eux, mais c’est sans doute dû au fait que cette amitié est étouffée par celle entre Joey et Chandler.

 

Quelques-unes de ses meilleures répliques :

C’est vrai que Rachel est effectivement une bonne amie, et que je l’ai beaucoup aimée autrefois, seulement aujourd’hui, cette fille n’est plus que ma femme. (6.2)

 

Monica : Tu continues à trimballer ta housse ?

Ross : Oui. J’ai découvert que c’était un objet de conversation, figure-toi.

Monica : Conversation entre toi et… ?

Ross : Gunther. (7.20)

 

Rachel : Tu peux aussi passer au Central Perk m’acheter un muffin ?

Ross : Oui, tu le veux à quoi ?

Rachel : Laisse-moi réfléchir. De quoi j’ai envie ? De quoi est-ce que j’ai envie ?

Ross : Vas-y, prends ton temps, c’est une décision importante. Rien à voir avec le fait d’épouser quelqu’un. Là, ce n’est pas n’importe quoi, c’est un muffin. (9.2)

 

Ross : Bien sûr qu’on va la trouver [la baby-sitter], je te l’ai promis, et puis on en a d’autres à voir. Et dans le pire des cas, on pourrait ré-envisager la candidature de la première qu’on a reçue.

Rachel : La blonde qui n’avait pas de soutien-gorge ?

Ross : Elle était blonde ? (9.6)

 

Mike : Il paraît que le mariage est une industrie qui rapporterait environ 40 milliards de dollars par an.

Ross : Oui, et moi je dois en avoir rapporté environ la moitié.(10.7)

30 juillet 2012

4.24. Celui qui se marie, 2e partie (The one with Ross's wedding, Part 2)


Nos Friends essaient d’empêcher Rachel de voir Ross, mais celle-ci y parvient pour… simplement le féliciter – elle se ravise donc, puisqu’elle voulait initialement lui déclarer son amour. Chandler a passé la nuit avec Monica, et Ross se trompe de prénom : il prononce au moment fatidique « Rachel » au lieu d’Emily… Épisode charnière ! C’est le début de l’histoire (que personne n’avait vu venir) entre Chandler et Monica. Et c’est également l’énorme bévue de Ross, qui commet un lapsus plutôt malvenu ! Énorme cliffhanger ! Cet épisode est tout simplement grand : entre ces deux événements surprenants (voir la tête de Monica sortir des couvertures de Chandler, c’est énorme !) et importants, on trouve d’autres ingrédients savoureux, comme le mal du pays de Joey, le voisin (dans l’avion, campé par Hugh Laurie) de Rachel, qui prend parti pour Ross sur l’histoire de la « rupture », les parents d’Emily, Ross qui s’entraîne à dire « je le veux » avec plusieurs intonations… L’un des plus importants (et meilleurs !) épisodes de toute la série, tout bonnement.

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5.5. Celui qui rate son week-end (The one with the kips)


Chandler et Monica, qui en ont un peu assez de craindre d’être surpris, décident de passer un week-end ensemble. Malheureusement, celui-ci ne se passe pas vraiment de la meilleure des manières : Monica veut changer de chambre à tout bout de champ en raison du manque de propreté, et Chandler reste scotché devant sa télé. S’ensuit leur première dispute, qui sera finalement de courte durée. Mais Joey apprend leur relation : il est le premier Friend à être au courant. Ross essaie de prévenir Rachel du marché que lui exige Emily. Après moult tentatives échouées à la suite de nombreux rebondissements, il finit par y parvenir, ce qui déplaît évidemment à Rachel. Ross essaie d’atténuer la souffrance de son amie en proposant de quitter le groupe d’amis... Très bon épisode. Le couple Chandler-Monica, avec sa première dispute puis sa première réconciliation, est de plus en plus attachant. On sent que cette relation peut devenir sérieuse. L’intrigue autour de Ross et Rachel est également réussie, mêlant gravité et légèreté : des situations cocasses résultent de cette situation. Rachel compte elle aussi partir du groupe, accompagnée de Phoebe, voire de Joey ! Sympa, aussi, le clin d’œil à l’épisode culte de la troisième saison (3.16), où Chandler, Joey, Phoebe et Monica se retrouvent encore une fois coincés dans la chambre, alors que Ross et Rachel sont en train de parler d’un sujet grave. On apprécie également le fait que Ross soit prêt à quitter le groupe, ce qui montre une nouvelle fois son sens du sacrifice.

 

Deux légères incohérences :

Ce n’en est pas vraiment une, mais pour une fois, Joey se montre particulièrement rapide pour faire le lien entre les deux week-ends de Monica et Chandler, et deviner ainsi leur relation. Son cerveau tourne d’habitude plus lentement. En deuxième lieu, Chandler dit que Joey laisse traîner des bonbons partout, or, on apprendra dans un épisode ultérieur (6.2) que Joey est très strict par rapport aux sucreries.

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29 juillet 2012

6.20. Celui qui avait une audition (The one with Mac and Cheese)


Épisode « extraits ». L’audition de Joey pour la série Mac and Cheese est reportée : Chandler était censé le prévenir mais a oublié. L’occasion de se remémorer les expériences de comédien de Joey, les tensions connues par nos Friends dans le milieu du travail, les petites querelles entre eux six, ainsi que l’historique de la relation entre Chandler et Joey. Rien de particulier à dire, donc, puisque l’épisode est constitué en majorité d’extraits déjà vus, mais l’histoire d’ensemble se laisse regarder, avec quelques bons passages (les accolades entre Joey et Chandler, Joey qui fait marcher Chandler en faisant mine de ne pas être allé à l’audition).

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7.21. Celui qui écrivait ses vœux (The one with the vows)


Épisode « extraits ». Monica et Chandler doivent écrire leurs vœux. L’occasion de se remémorer l’historique de leur relation. Rien à signaler : c’est un épisode principalement composé d’anciens extraits. Pas de surprise, donc. Dommage tout de même qu’ils aient repassé toute la scène de l’émouvante demande en mariage. Ils auraient peut-être dû la raccourcir : cette scène est tellement exceptionnelle que la revoir comme ça lui fait perdre de sa superbe. Dans la même veine, j’avais préféré le précédent (« Celui qui avait une audition »), plus abouti.

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28 juillet 2012

9.10. Celui qui passait Noël à Tulsa (The one with Christmas in Tulsa)


Épisode extraits. Chandler passe Noël à Tulsa. Il finit par libérer les employés, mais une séduisante collègue reste pour lui tenir compagnie. Chandler résiste à la tentation, et finit par revenir à New York après avoir démissionné. Nous avons dans cet épisode l’occasion de revoir les passages sur Noël, mais aussi ceux qui retracent l’historique de la relation Chandler-Monica. Rien de particulier à dire, si ce n’est tout de même le charme envoûtant de la belle Wendy : Chandler fait là une belle preuve d’amour à Monica en lui résistant. Pour le reste, rien à signaler.

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10.1. Celui qui n’arrivait pas à se confier (The one after Joey and Rachel kiss)


Phoebe, Monica et Chandler entendent dans la chambre voisine Ross et Charlie s’embrasser… puis dans l’autre chambre voisine Joey et Rachel faire de même. Joey puis Rachel, avant d’aller plus loin, essaient d’en parler à Ross, mais celui-ci finit par le découvrir de lui-même… Mike annonce à Phoebe qu’il a une petite amie, nommée Precious, et qu’il doit la voir pour rompre. La fille en question vient le voir chez lui… et tombe sur Phoebe. La coiffure de Monica refroidit les ardeurs de Chandler. Elle se fait des tresses, mais ce n’est pas tellement mieux… Épisode assez sympa, mais quand même un poil répétitif. La première scène, où on voit les amis écouter aux murs, est tout de même assez drôle. Idem pour la scène de l’avion, où Ross parle à Joey de sa relation avec Charlie, et où celui-ci préfère ne rien dire sur sa relation avec Rachel car il est bien parti pour devenir, au détriment de Chandler, le meilleur ami de Ross. Cette idée de « compétition » pour devenir le meilleur ami de Ross est drôle. Pas mal aussi, Joey qui pense faire le « nonchalant ». Bon, c’est parfois un peu prévisible (Ross qui voit que son sac est inondé au moment où Rachel est sur le point de lui parler de sa relation avec Joey) et un peu long (28 minutes, d’autant que la partie avec Precious est de surcroît un peu longuette), mais l’ensemble se laisse tout de même regarder.